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  • Les Rencontres de Pierre Loti : une première conférence junior avec Claire Le Bras !

    Les Rencontres de Pierre Loti : une première conférence junior avec Claire Le Bras !

    Le mercredi 30 novembre 2022, les deux classes de Terminale de la spécialité HGGSP se sont rendues à l’Institut français de Turquie, antenne d’Istanbul, à Taksim, pour participer à la 1ère conférence des Rencontres de Pierre Loti.

    Ce nouveau format de débat d’idées que développe l’établissement était animé pour cette première édition par l’historienne Claire Le Bras et nos professeurs de spé, MM. Lioret et Anger. Divers thèmes ont été abordés frontalement : l’histoire du lycée Pierre Loti mais aussi le travail d’historien. 

    Mais qui est donc notre invitée ? 

    Mme Claire Le Bras est une historienne spécialiste des relations diplomatiques franco-turques. D’ailleurs, sa thèse de doctorat portait sur la dualité du gouvernement turc juste avant la fondation de la République de Turquie, et en particulier durant l’occupation d’Istanbul, et la manière dont cette dualité était perçue à l’échelle internationale. 

    Pour les 60 ans de sa fondation, le lycée lui a confié la tâche de remonter dans le temps pour comprendre la naissance du Lycée Français Pierre Loti d’Istanbul et son évolution au fil des années. 

    Le travail d’historien 

    Au cours de cette conférence-débat, Mme Le Bras a explicité les principes fondamentaux et les différentes étapes du travail d’historien. Elle s’est attardée sur la manière dont elle les a appliqués en vue de préparer l’historique du lycée. Une première partie de l’échange a ainsi porté sur l’enquête historique et la recherche des sources. Elle a expliqué à son public, dans un second temps, comment s’écrit l’histoire et la nécessaire prise de recul pour donner du sens aux informations recueillies. Dans un troisième temps, elle a abordé la manière dont on diffuse et valorise une recherche scientifique. 

    Pour résumer, l’enquête historique consiste à retracer le passé, chercher des informations et des indices. Elle est, par cet aspect, similaire à une enquête policière : en effet, son objectif est de trouver le plus d’informations possible pour constituer une image plus précise de l’événement ou du phénomène. Les enquêtes se font à base de deux sources : les primaires et les secondaires. On désigne par source primaire les objets et textes qui proviennent de la période historique en question, par exemple des journaux ou des cartes. Quant aux sources secondaires, il s’agit d’éléments déjà existants sur le sujet. Il est question, à titre d’exemple, des travaux de recherche déjà écrits sur les sources primaires, en l’occurrence des différentes analyses ou livres écrits sur le sujet en question. Les sources secondaires permettent donc de considérer sous différents angles les anciennes sources et de les croiser avec les moyens et les sources d’aujourd’hui. 
    Pour l’enquête historique concernant le lycée Pierre Loti, il n’y avait que quelques notices de professeurs et une page Wikipédia avec des sources contestables. Il existait donc peu de sources écrites et les plus importantes étaient orales. Néanmoins, l’historienne a d’abord réussi à fixer des dates sur lesquelles l’histoire pouvait reposer. Mme Le Bras a rapidement identifié certains faits : par exemple, lors de la Seconde Guerre mondiale, les parents réclamaient une éducation française pour les multiples enfants français vivant à Istanbul ; mais aussi les premiers enseignants du lycée étaient employés à l’Université Galatasaray ; l’année 1962 consacre la fondation de l’établissement en tant qu’école indépendante des services culturels du Consulat ; en 1989, l’école est officiellement baptisée Pierre Loti après un vote des élèves du lycée ; c’est en 2003 que le campus de Tarabya est inauguré. 
    Pour trouver les diverses informations, l’historienne utilisa les archives diplomatiques françaises en tant que première voie d’approche. Elle y trouva par exemple des dossiers sur des professeurs du lycée de Galatasaray et par conséquent des informations sur des professeurs qui travaillaient aussi à Pierre Loti. Mme Le Bras s’est également servie d’archives concernant les flux financiers et les subventions de l’État français pour y voir plus clair. Puis, elle compléta sa recherche en se plongeant dans les archives administratives du lycée lui-même à Tarabya. 

    Maintenant vient l’étape de l’écriture de l’histoire. L’idée est d’être méthodique dans son travail : même s’il faut parcourir une multitude d’archives, il s’agit de trouver des éléments spécifiques et pertinents. L’historien doit savoir prendre de la hauteur vis-à-vis des informations récoltées. Il faut toujours déterminer les éléments les plus importants dans une archive. Même si nous ne trouvons qu’une phrase, il faut savoir l’utiliser et lui donner du sens par rapport à un ou plusieurs contextes. L’historien doit voir les différents points de vue et assimiler les informations pour donner un sens à l’interprétation du passé et pour produire le travail le plus complet possible.
    Selon elle, son travail sur notre lycée demeure inachevé car elle n’avait pas le temps de prendre le recul nécessaire et de compléter les informations issues des archives institutionnelles par les témoignages des acteurs. Son travail constitue donc une synthèse limitée de l’histoire du lycée Pierre Loti même si elle estime qu’elle a pu produire quelque chose de substantiel. 

    Dernièrement, il s’agit de valoriser les recherches entreprises. Pour cela, il faut un format : un podcast, une exposition, un roman ou d’autres formes permettent de rendre compte, visuellement, des recherches. 
    Pour Pierre Loti, le format d’une exposition a été choisi car ce médium contient une attirance visuelle importante. Il existe deux types de documents possibles pour illustrer les recherches trouvées. Le premier apporte quelque chose au texte et renforce l’image. Quant au second, il crée une ambiance pour placer le lecteur dans un esprit particulier. 

    Questions 

    Dans la deuxième partie de notre conférence-débat, les élèves et les professeurs ont eu l’opportunité de poser des questions à Claire Le Bras. En voici quelques exemples : 

    Comment accédons-nous aux archives ? 
    Les archives publiques sont ouvertes à tous mais il existe des délais de communicabilité : à partir de 50 ans environ, les archives sont disponibles au public aussi il est parfois compliqué d’accéder à des archives plus récentes. En effet, celles-ci peuvent contenir des informations sensibles qui pourraient affecter le monde d’aujourd’hui, ou tout simplement des informations personnelles qui ne sont pas divulguées afin de protéger la vie privée des personnes concernées.

    Que s’est-il passé en 2003 ? Comment le site de Tarabya a-t-il été ouvert ?
    Les archives diplomatiques sont moins accessibles pour ce qui concerne les périodes post-1990.. Il fallait donc travailler uniquement avec les archives de l’établissement. En 1999, suite au tremblement de terre, un problème d’espace s’est posé. La solution temporaire entre 2002 et 2003 a été une installation de préfabriqués près du palais de France, ainsi que la délocalisation des classes de lycée au Consulat général, mais aussi de faire tourner les classes entre le primaire et les collégiens. Quant à l’idée de Tarabya, cette solution était déjà proposée dès les années 80 mais elle se met en place en 2003 à cause du manque d’espace. Le déménagement du secondaire au site de Tarabya aura donc lieu en 2003.

    Pourquoi Tarabya ? 
    Il fallait que ce soit un domaine diplomatique français car il fallait un espace, une emprise appartenant uniquement aux Français. Les seuls espaces possibles se situent donc à Taksım, Beyoglu et Tarabya. 

    Hugo Mack
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  • Une journée théâtrale avec Fehmi Karaarslan

    Une journée théâtrale avec Fehmi Karaarslan

    Pendant une journée entière, les élèves des classes de seconde ont eu la chance de rencontrer et de pratiquer le théâtre avec un comédien et acteur de télévision.

    D’origine turque et ayant fait ses études en France, Fehmi Karaarslan a gentiment accepté de consacrer une journée à chacune des classes de seconde pour dispenser une formation courte. A cette occasion, nous l’avons interviewé à la fin de sa dernière intervention, avant son départ :

    • Si vous n’étiez pas acteur, que seriez-vous ?

    « Je serais musicien. Car je pense qu’il y a une vraie connexion entre l’art et nous-même. L’art est une chose très importante pour moi, c’est la liberté d’expression, la créativité. Notre inconscient devient visible grâce à l’art. Je pense avoir vraiment besoin de sortir « le monde qui est en moi » à travers l’art. Donc si je devais faire un autre métier, ça serait probablement de l’art mais d’un autre style. Je pense que le métier de musicien me correspondrait, ça représente pour moi une expression de mon moi intérieur. »

    • Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre métier ?

    « Être sur un plateau de théâtre »

    • Avez-vous de nouveaux projets pour l’avenir ? 

    « Je joue déjà mon spectacle « Gomidas» en turc et en français, ce qui me prend beaucoup de temps. Mais peut-être que nous allons préparer un nouveau spectacle pour l’année prochaine. Mais nous ne savons pas encore. C’est en progrès. Nous sommes également en train de réfléchir à de nouveaux projets pour la télé. »

    • Comment avez-vous trouvé cette expérience à Pierre Loti ? 

    « C’était la première fois que je travaillais avec des adolescents de quatorze à seize ans. Normalement, je travaille plutôt avec des professionnels de haut niveau. C’était donc vraiment important pour moi de découvrir à quel point les adolescents ont des capacités d’acteur lors de leur passage de l’enfance à l’adulte. Il y a une vraie connexion au jeu, très rapide. C’était très ludique et il y avait une bonne énergie, vivante. Mais il y avait, évidemment, moins de contrôle par rapport à des personnes expérimentées. C’était très intéressant de voir qu’une fois qu’ils se concentrent, certains élèves pouvaient faire des choses merveilleuses. J’ai vraiment vu des choses inattendues. Cette qualité m’a vraiment impressionnée. J’ai découvert grâce à cette formation qu’avec une bonne base, tout venait avec l’âge et l’expérience. » 

    • Avez-vous apprécié enseigner à des élèves ?

    « J’ai beaucoup apprécié enseigner à des élèves de votre âge. C’était juste un peu difficile parfois : plus le temps passait et plus les élèves avaient moins de contrôle, moins de concentration. Mais c’est normal ! C’est difficile d’intéresser des élèves pendant six heures autour d’un sujet. Même si mon métier est ludique, il en est aussi conscient. Du coup quand c’est ludique, on s’amuse et c’est bien mais il faut aussi avoir des bases conscientes. Sans la conscience, les élèves commencent à perdre le contrôle. Mais j’aime bien, il faut avoir les deux. »

    • Vous êtes turc mais vous avez étudié le théâtre en France et le français n’est pas votre langue maternelle, comment c’était ? Difficile ? 

    « Oui, j’ai appris le français très tard. J’ai commencé à apprendre le français à 18 ans à l’université. Ensuite, j’ai travaillé dans le tourisme ce qui m’a permis de parler à des étrangers en français. Puis, je me suis installé en France. Au début, j’ai vécu à Lyon, c’était difficile les premiers temps. Heureusement, j’ai passé un an à l’université de Lyon II et cela m’a vraiment permis d’apprendre le jargon théâtral. J’ai fait ma troisième année de licence théâtrale à Lyon II. Grâce à cette expérience, j’ai réussi un concours d’entrée au conservatoire. Malgré le fait que j’ai un accent, ça leur a plu. J’ai continué à travailler mon français avec un crayon dans la bouche. J’ai travaillé mon accent mais aussi surtout l’articulation et l’intonation. Je pense que pour la langue française, c’est l’articulation qui est importante plutôt que l’accent. Puis j’ai joué devant des spectateurs. Au début, j’ai utilisé mes défauts pour les personnages que je créais. J’ai créé un personnage qui s’appelle M. Patin. Puis, on a créé un spectacle en trio. On a joué à Lyon, on a fait plusieurs tournées en France. Ce spectacle a très bien marché. Et, j’avais un accent quand je jouais ce spectacle. J’ai transformé mon « défaut » en avantage, c’est devenu un atout. Aujourd’hui, je l’adore et si je travaille beaucoup je peux même faire disparaître mon accent, mais il faut que je travaille vraiment car ce n’est pas ma langue maternelle. »

    • Quels sont vos moments forts au conservatoire ?

    « Déjà le début parce que c’est émouvant de rentrer dans la plus grande école de théâtre en France. Ma rencontre avec Daniel Mesguich et le fait qu’il m’a laissé entrer au conservatoire m’a beaucoup marqué. C’est aussi les cours que l’on a eu avec les grands maîtres du théâtre, de la comédie française. Les cours de masque avec Mario Gonzalez étaient très touchants, très intenses. Faire partie d’un ensemble d’élèves sélectionnés par environ deux-mille personnes, c’était comme être avec les ‘élus’, c’était une bonne expérience. »

    • Meilleur souvenir d’acteur ? 

    « Au conservatoire de Paris, nous avons les « journées de juin », ce sont des journées consacrées au conservatoire et aux travaux. J’ai fait une performance en solo. Je jouais un philosophe fou qui parlait de tout. Et ce qui était génial, c’est que ça a vraiment plu à tout le public. Toute la salle m’a applaudi debout pendant très longtemps. Mon monologue durait environ six à sept minutes, ce qui est long. L’idée était de travailler toute l’année des monologues ou des scènes avec notre professeur de cours d’interprétation, puis montrer notre travail pendant les jours de juin aux visiteurs. Moi, j’avais mon monologue et une autre scène partagée avec une amie. Chaque scène durait cinq à sept minutes puis on passait aux autres. On montrait les travaux de toute une année. Et là, mon monologue à moi, a été le préféré de tout le monde. J’avais vraiment apprécié. Les gens étaient morts de rire, j’ai un très bon souvenir de ce jour-là. C’était d’autant plus marquant car c’était la fin de ma formation d’acteur en France.  Être applaudi par des Français, alors que le français n’est pas ma langue maternelle était émouvant. Ça m’a donné beaucoup de courage pour continuer à jouer en français. »

    • Quel personnage aimez-vous ou aimeriez-vous jouez ? 

    « Comme tout acteur, j’aimerais bien jouer un jour de grands rôles. J’ai beaucoup joué dans le théâtre, ce qui fait que j’ai beaucoup utilisé ma « palette », j’ai pu toucher à plein de couleurs. J’aimerais jouer des grands personnages iconiques comme Dom Juan de Molière. J’aimerais bien jouer Hamlet cet été. Mais le problème c’est que cette saison, il y a plusieurs Hamlet qui vont être interprété par le théâtre municipal, les festivals de théâtre et une compagnie privée… Nous avons donc renoncé à cette idée. Mais peut-être que ça sera pour la prochaine fois ! »

    • Votre pièce de théâtre préférée ? 

    « A vrai dire, avoir une pièce préférée, c’est un peu difficile. Mais j’aime bien les classiques. J’aime Racine par exemple, mais pour jouer ! Pas pour regarder. J’aime aussi le théâtre antique, grec, romain, comme Sénèque.  J’adore Molière, mais façon comédie française. Je veux dire, j’aime l’exigence dans les classiques. Hamlet par exemple demande une certaine exigence dans sa mise en scène, dans sa vision théâtrale assez développée. Autrement je pense que ça devient rapidement n’importe quoi. J’ai un véritable amour pour les classiques, mais c’est difficile. »

    • Vous préférez faire du théâtre en turc ou en français ?

    « Ce sont deux choses complètement différentes. Quand je joue en turc, je sens quelque chose qui m’est comme collé. C’est ma langue maternelle, je le fais tout naturellement. La langue française, bien évidemment, après tant d’années d’expérience est devenue une partie de moi qui m’appartient. C’est comme ma deuxième langue. Mais comme je l’ai apprise plus tard, cela me demande un certain effort. Mais je trouve cet effort intéressant parce que cela crée une petite distance. En dépassant cette barrière, je trouve une liberté incroyable. J’adore jouer en français, ça me force et je cherche le côté naturel dans la force et dans l’inattendu. C’est du pur plaisir. Quand je joue le même personnage en français et en turc comme Gomidas, je vois deux choses différentes. Déjà les résonances de la langue turque, l’articulation, la mentalité n’est pas la même. En français, ça n’a rien à voir. Déjà l’articulation seule nous emmène ailleurs. Moi j’aime bien cet ailleurs. Je travaille beaucoup avec l’« ailleurs ». Cette idée est d’ailleurs très facile d’accès avec la langue française. Déjà c’est poétique, on peut dire que la poésie c’est cet ailleurs aussi. » 

    • Enfin, si je vous dis « Molière », que répondez-vous ? 

    « Le théâtre. »


    Merci à Fehmi Karaarslan d’avoir passé une journée avec chacune des classes de seconde et merci également d’avoir participé à cette interview.
    L’acteur joue en ce moment même son spectacle en turc et en français « Gomidas », je vous invite à le découvrir

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  • Une historienne au lycée Papillon

    Une historienne au lycée Papillon

    Pour fêter le soixantième anniversaire de l’établissement, les élèves de seconde, avec l’aide des professeurs Mmes Ziylan et Abdel Massih, préparent un escape game. Mme Claire Le Bras, historienne de métier, les a rencontré mercredi 16 novembre. Un échange très intéressant avec la jeune femme qui a écrit l’histoire de notre lycée.  

    Pendant cette heure dédiée à l’accompagnement personnalisé, les élèves de seconde ont eu l’occasion de questionner Mme Le Bras sur sa profession et sur le profil de l’historien : les études entreprises, la démarche scientifique… Mais commençons par présenter cette femme dont le regard captivant et le sourire désarmant ont eu raison de tout soupçon de résistance de notre part. Historienne française, elle a fait ses études d’Histoire à Bordeaux en France puis en Sicile où elle a passé de longues années afin de se spécialiser en écrivant une thèse de Doctorat sur l’histoire des relations diplomatiques entre les Etats européens et la Turquie après la Première Guerre mondiale.

    Une recherche

    Mme Le Bras nous a expliqué que les historiens et historiennes commencent toujours leur recherche avec une problématique et visent à répondre à une question. S’ils ne réussissent pas du premier coup, ils recommencent avec un autre angle, un autre point de départ. Pour trouver la réponse à leur problématique, ils lisent dans un premier temps tout ce qui a déjà été écrit sur le sujet et élaborent ensuite de nouvelles hypothèses à tester grâce à l’ajout d’informations nouvelles. Par exemple, après avoir été contactée par M. Gérard pour réaliser une synthèse historique sur notre établissement, Mme Le Bras a vite constaté qu’il y avait très peu de documents fiables disponibles et, pour réaliser ses recherches, elle a surtout étudié les archives diplomatiques françaises concernant l’histoire de l’école, ainsi que celles du lycée.

    Une exposition

    Ce n’est qu’en second lieu, à partir des informations récoltées et afin de les vulgariser, que Mme Lebras a réalisé une exposition, “Le Papillon d’Istanbul”, dont le vernissage a eu lieu au sein de l’établissement puis à l’Institut français de Turquie, antenne d’Istanbul. Il faut dire qu’elle avait déjà réalisé une exposition l’année dernière à l’Institut français d’Ankara sur l’accord d’Angora de 1921

    Notre histoire

    Elle a ensuite résumé l’histoire de l’établissement aux élèves de seconde en s’appuyant sur ses recherches et les connaissances qu’elle a accumulées : Créé en 1942 pendant la Seconde Guerre mondiale comme une école attachée au consulat, le lycée est devenu autonome en 1962, et a pris le nom d’Ecole française d’Istanbul (EFI). Les générations précédentes connaissaient l’établissement sous le surnom Papillon. Dans les archives, l’école était mentionnée par ce surnom et, selon Mme Lebras, cette permanence de nom aurait facilité son travail de recherche. En 1989, le nom du lycée a été transformé en Lycée français Pierre Loti à la suite d’ un vote des élèves.
    Durant toute son existence, le lycée a organisé des voyages scolaires en Turquie mais aussi à l’étranger pour ouvrir les horizons des élèves. Des festivals pluriculturels, d’autres fêtes en particulier pour la période de Noël, du théâtre etc. ont eu lieu entre les murs de l’établissement. Photos, magazines et albums ont été retrouvés, qui rendent compte de l’activité intense de sa communauté éducative.

    A en juger par les regards fixant Mme Lebras et buvant ses paroles tout en lui posant leurs innombrables questions, il est certain que les élèves de seconde étaient sincèrement intéressés par le passé de l’école dans laquelle ils étudient. Grâce à un travail de longue haleine dans les archives diplomatiques françaises, celles du Lycée Pierre et avec l’apport des archives photographiques du Musée de Galatasaray, il leur est désormais possible d’en apprendre davantage sur l’histoire du lycée au travers de cette exposition que nous reverrons souvent dans différents lieux du lycée. 

    Notre identité

    Comment peut-on forger un esprit d’appartenance à son établissement sans en connaître le passé ? Apprendre l’histoire de son école de la bouche d’une vraie historienne est un privilège dont les élèves de Pierre Loti, et je puis vous assurer qu’ils et elles en étaient conscients, ont su profiter. Cette rencontre s’est avérée aussi bénéfique pour les élèves intéressés dans leur orientation par le domaine de l’histoire. Ils en ont appris davantage, tant sur les riches racines de notre lycée que sur la démarche historique. 

    Une telle opportunité est rare et nous ne pouvons que remercier Mme Lebras d’avoir pris le temps de nous rencontrer et d’avoir préparé avec soin, avec d’autres acteurs non moins importants, une exposition aussi informative que plaisante à voir. N’hésitez pas à la visiter ! 

    Photos de Yasemin Gumpert
    Article mis en page par Arif Kılınç

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  • Science et cinéma (1) : Gattaca et le transhumanisme

    Science et cinéma (1) : Gattaca et le transhumanisme

    Voici le premier article d’une nouvelle série : Science et cinéma. Dans cette série, nous discuterons de l’exactitude scientifique des films ainsi que du rôle que ces films jouent dans la communication scientifique. Dans ce premier article, nous nous intéresserons à un de mes films de science-fiction préférés : Gattaca. Attention, cet article contient des spoilers !

    Les films de science-fiction sont toujours très intéressants. Cependant, ils nécessitent beaucoup de réflexion de la part des réalisateurs. Ces films, comme les films de fiction, doivent établir les règles du monde que les réalisateurs ont créées et doivent présenter une histoire conforme à ces règles. Malheureusement, beaucoup de films ont des histoires qui ne respectent pas toujours les paramètres de ce monde fictif. Cela est d’autant plus important dans les films de science-fiction. 

    Les meilleurs films de science-fiction sont, pour la plupart, des films qui s’éloignent de notre vie ou époque actuelle mais qui ne s’éloignent pas des vérités scientifiques. Regarder un film où un phénomène probable se réalise est toujours plus émouvant que de regarder un film où aucun événement n’est concrètement possible. C’est pour cette raison que les dystopies sont utilisées pour transmettre un message sur notre société actuelle, avant que ce que nous craignons devienne une réalité. Le premier film de cette série est une dystopie. 

    Que raconte le film ?

    Gattaca est un film réalisé en 1997 par Andrew Niccol qui a reçu plusieurs nominations et prix comme le prix du “Meilleur scénariste de l’année” du London Film Critics Circle. Le film présente une société futuriste qui utilise la technologie de la reproduction et l’ingénierie génétique afin de produire des êtres humains génétiquement améliorés. Les meilleurs allèles des parents sont combinés afin que les enfants formés aient les meilleures caractéristiques de leurs parents. Ces caractéristiques incluent une santé parfaite, un QI élevé ou une durée de vie plus longue. Les bébés génétiquement modifiés sont majoritaires et les bébés qui naissent naturellement sont traités comme des inférieurs. En effet, les personnes génétiquement modifiées sont plus intelligentes que les autres, ce qui les rend aptes à des tâches plus complexes. Ce monde est divisé en deux, les valides, génétiquement modifiés, et les invalides, les “naturels”. 

    Le film suit l’histoire d’un invalide, Vincent Freeman, qui rêve d’avoir une carrière dans l’espace. Il doit donc lutter contre les discriminations et ses désavantages génétiques pour réaliser son rêve. Vincent s’entraîne constamment pour améliorer ses capacités physiques et intellectuelles. Néanmoins, il est conscient qu’il ne peut pas réaliser son rêve en entrant en compétition avec ses collègues valides. Même si la discrimination envers les invalides dans le monde professionnel est illégale, cette loi n’est presque jamais respectée, le profilage génotypique étant une pratique courante pour identifier les personnes. Vincent va donc se faire passer pour un valide paralysé, Jérôme Eugene Morrow pour participer à une mission spatiale. Au lieu d’une fausse carte d’identité, Vincent va utiliser des échantillons du sang, des cellules, l’empreinte digitale et l’urine de Jérôme. Enfin, Vincent va réaliser son rêve et Jérôme, paralysé suite à une tentative de suicide liée à son perfectionnisme, va s’auto-incinérer après avoir laissé des échantillons de son ADN pour Vincent et donc son identité. 

    Exactitude scientifique

    Ce film est l’un des films les plus respectés par les scientifiques pour son exactitude scientifique. Le consultant scientifique du film, French Anderson, médecin et scientifique qui a réalisé le premier essai clinique de thérapie génique humaine a énormément contribué à l’exactitude des faits présentés. Ce film réalisé au milieu du battage médiatique autour du Projet Génome Humain, un projet international de recherche visant à identifier, cartographier et séquencer l’ensemble des gènes du génome humain. Les réalisateurs ont affirmé que ce film illustre le débat sur la recherche en ingénierie génétique humaine et ses implications éthiques. 

    Les scientifiques doivent déterminer comment tirer le meilleur parti de la technologie sans subir les terribles conséquences de son utilisation abusive, comme cette nouvelle forme de discrimination dans le film, le “génoisme”. Il s’agit donc bien d’une dystopie dans ce film. 

    Les plus attentifs pourront remarquer quelques incohérences scientifiques. Par exemple, Vincent doit utiliser l’urine de Jérôme pour un des tests d’identification. Cependant, l’urine n’est pas la source la plus fiable pour un test d’ADN. Les meilleurs échantillons sont le sang, la salive et les follicules pileux. L’urine contient de petites quantités d’ADN, mais pas autant que le sang ou la salive. L’ADN se détériore également plus rapidement dans l’urine, ce qui rend difficile son extraction et la production de résultats de test fiables.

    Un autre exemple est que Jérôme affirme avoir laissé suffisamment de matériel génétique pour que Freeman l’utilise comme le sien pour durer deux générations. Cependant, l’ADN peut se détériorer selon les méthodes de conservation des tissus, l’exposition aux rayons UV, la température, le pH et la concentration en sel de l’environnement. Vincent a des préoccupations à ce sujet mais n’éclaire pas son raisonnement. Le spectateur se retrouve donc avec une information partielle. 

    Je n’ai pas remarqué d’autres incohérences dans ce film. A vous de me dire si vous en avez trouvé d’autres dans les commentaires. 

    Analyse

    Somme toute, l’exactitude scientifique dans Gattaca est impressionnante. Le génie génétique des enfants est une possibilité très réelle. Le génoisme qui suit cette pratique est également très probable. La pratique utilisée pour produire des humains génétiquement améliorés se nomme l’ingénierie germinale. Il est fort probable que cette pratique soit utilisée dans un proche avenir. La première utilisation de l’ingénierie germinale serait probablement d’éradiquer des maladies dans lesquelles une mutation génétique s’avère fatale. Ensuite, nous corrigerons des traits phénotypiques indésirables comme la myopie, l’astigmatisme, la calvitie. Enfin, nous nous retrouverons dans un monde similaire à celui de Gattaca, où les bébés auront des traits désirables. Guérir des personnes malades en utilisant l’ingénierie germinale est éthiquement correct. Cependant, s’attribuer des caractéristiques améliorées est clairement de l’hybris et éthiquement discutable. Toutes ces questions éthiques font partie du transhumanisme, un des thèmes principaux du film. Le transhumanisme est l’altération améliorative de la condition humaine grâce à de nouvelles technologies sophistiquées. Nous retrouvons les conséquences du progrès scientifique et du transhumanisme dans cette dystopie. 

    Le transhumanisme. Collage de Nisa Duymaz. DR.

    Enfin, je voudrais attirer votre attention sur la nomenclature dans ce film que je trouve absolument parfaite. Nous pouvons commencer par le titre du film : Gattaca. Originellement, le film devait s’intituler Le Huitième Jour, faisant référence aux sept jours de la création pour montrer que la science permet d’avoir un pouvoir presque divin. Cependant, un autre film paru avant Gattaca portait le même titre. Le titre actuel du film est basé sur les lettres G, A, T et C, qui représentent les quatre nucléobases de l’ADN, les bases de la génétique (la guanine, l’adénine, la thymine et la cytosine respectivement).

    Ensuite, force est de constater que le nom du protagoniste, Vincent Freeman, se traduit par “homme libre”. Pour un film qui montre la supériorité des humains génétiquement modifiés, la fin, très symbolique, démontre certainement le succès des invalides faibles (Vincent dans l’espace) et la chute des valides forts (Jérôme qui se suicide). Le faible s’empare de l’identité du fort qui a laissé sa place à l’invalide, ce qui souligne le triomphe de Vincent. Cette fin minimise subtilement l’importance de nos gènes par rapport à l’importance de nos décisions sur l’utilisation de ces gènes. Vincent est donc un homme libre qui se détache de ses conditions initiales pour réaliser son rêve. 

    Le deuxième nom de Jérôme, Eugène fait référence à l’eugénisme, la théorie scientifiquement immorale de “l’amélioration raciale”. Jérôme est un homme conçu pour être parfait. Cependant, il comprend qu’il n’est pas parfait et que cela est impossible. Lorsqu’il perd une compétition de natation, il ne peut plus supporter son échec et tente de se suicider. Il échoue et vit paralysé. Freeman le libère de sa condition et il se suicide. Nous remarquons que les troubles psychologiques comme la dépression, le trouble obsessionnel compulsif ou le perfectionnisme ne sont pas décrits dans nos gènes. Nous pouvons avoir une prédisposition génétique mais c’est l’environnement qui déclenche ces troubles, comme pour le cas de Jérôme qui n’avait pas de prédisposition génétique. Ces deux noms et la fin du film symbolisent que les gènes d’une personne ne déterminent pas sa vie. Le film s’inspire des préoccupations concernant les technologies de reproduction qui facilitent l’eugénisme et des conséquences possibles de ces progrès scientifiques éthiquement contestables. Le film explore également l’idée du destin. Un scientifique vous dira que le destin n’existe pas et que ce que le film appelle destin correspond aux conditions environnementales et à nos décisions quotidiennes. Cela est une vérité scientifique.

    Suivez-nous sur nos réseaux sociaux pour ne pas rater le prochain article de cette série ! Le prochain film sera un film qui date de 1997, Contact, inspiré du roman de Carl Sagan du même titre. 

    Illustration de couverture par Nisa Duymaz
    Article mis en page par Erdeniz Karayalçin


    Pour aller plus loin :

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  • Traumatismes et traces

    Traumatismes et traces

    Aujourd’hui, le mot “traumatisme” est fortement utilisé mais il est très important de le définir avec précision. Nous rencontrons tous des difficultés dans notre vie qui provoquent le stress. Néanmoins, il ne s’agit pas toujours d’un traumatisme. Un traumatisme est un événement qui entraîne des conséquences émotionnelles éprouvantes. Il a un très grand impact sur l’être humain et a le pouvoir de bouleverser la vie d’un individu. Plus précisément, un “trauma” est une blessure physique ou psychique qui est produite par une action extérieure, et le traumatisme est la conséquence du trauma.

     Lorsqu’on pense à des traumatismes, on pense toujours à des événements de grande envergure comme une guerre ou un attentat. Or des événements qui se produisent plus souvent peuvent susciter aussi des traumatismes comme la violence domestique, la violence familiale, l’harcèlement, la discrimination, la perte d’un proche… Le traumatisme est partout et il touche un grand nombre de personnes dans le monde.

    Les relents sur l’esprit humain 

    Les traumatismes peuvent se manifester sous la forme de  troubles psychologiques chez un individu. Selon l’INSERM, les troubles de stress post-traumatique (TSPT) sont des troubles psychiatriques qui surviennent après un événement traumatisant. Le TSPT peut se développer immédiatement après que la personne ait vécu un événement traumatisant mais aussi après des mois et des années. Certaines personnes peuvent être plus sensibles que d’autres à une expérience traumatique; elles peuvent en subir les effets pendant des années et d’autres pendant quelques jours ou semaines.

    Les traumatismes peuvent entraîner chez l’individu des problèmes de colère, des pensées incontrôlables, des troubles du sommeil, une perte de la concentration et de la motivation, une difficulté à éprouver certaines émotions comme le désir sexuel, l’amour, l’affection et l’amitié. Les victimes souffrent majoritairement d’anxiété et de dépression et ont généralement des difficultés à former des relations d’amitié ou amoureuses.

    Selon PasseportSanté, un flashback, également appelé “mémoire récurrente involontaire” est une reviviscence d’une expérience passée. Involontairement, ces images mentales apparaissent et envahissent totalement la conscience.

    À cause de ces flashbacks, les personnes traumatisées deviennent extrêmement réactives et ont des difficultés à contrôler leurs réactions. Ils réagissent à des choses qui apparaissent sans importance comme certains bruits, objets, gestes et mots mais qui vont rappeler leur cerveau et leur corps de ce qu’ils ont vécu dans le passé. Par exemple, entendre une chanson que vous avez écoutée le jour où vous avez vécu une expérience traumatique peut évoquer le souvenir de cette expérience.

    Illustration par Nisa Duymaz. DR.

    Les marques sur le cerveau

    Au fil du temps, le cerveau peut aussi subir les conséquences d’un traumatisme au point d’en être modifié.

    Bessel van der Kolk, un psychiatre d’origine néerlandaise, explique que l’amygdale, une zone précise dans notre cerveau située à côté de l’hippocampe, a un fonctionnement différent chez les patients traumatisés. 

    L’amygdale reconnaît et évalue des informations sensorielles, elle fonctionne comme un système d’alerte. Le psychiatre le surnomme “le détecteur de fumée du cerveau ». Il explique que les victimes traumatisées ont une amygdale hyperactive et qu’elles sont constamment en alerte face aux dangers potentiels.

    Selon INSERM, la mémoire rassemble les savoir-faire, les connaissances, les souvenirs. Elle est indispensable à la réflexion et à la projection de chacun dans le futur. Elle fournit la base de notre identité.  Les personnes traumatisées ont souvent des difficultés à se souvenir de leurs expériences traumatisantes, à se concentrer et à prendre des décisions . 

    « Un stress prolongé peut provoquer la mort de l’hippocampe, une structure-clé de la mémoire, et entraîner des problèmes de mémoire et de concentration », explique le professeur Manuel Portavella.

    Le système de filtre du cerveau qui trie les informations que nous recevons est également atteint dans ce cas. Lorsque ce système est abîmé, les personnes traumatisées deviennent extrêmement réactives à des choses sans importance.
    Le traumatisme scinde la vie d’un individu en deux, un “avant” et un « après ». Il affecte les émotions, les pensées, les relations voire toute la vie d’un individu. Cependant il est possible de guérir d’un traumatisme et reprendre le contrôle. Différentes techniques, telle la thérapie EMDR (désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires) à titre d’exemple, sont utilisées pour soigner le trouble de stress post-traumatique.

    Article mis en page par Renan Raoul

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  • Neom, ville du futur

    Neom, ville du futur

    La ville futuriste de NEOM, un projet impressionnant et controversé

    Neom est un projet de ville futuriste situé dans la province de Tabuk, au  nord-ouest de l’Arabie Saoudite. Il fait partie du plan saoudien Vision 2030, révélé en 2016. La ville serait une mégapole aux allures futuristes (des valets robotisés, des taxis volants, une lune artificielle, des plages phosphorescentes…). Elle a comme objectif de rendre l’économie de ce royaume moins dépendante des hydrocarbures en diversifiant ses activités et en les orientant vers le tourisme, l’immobilier, le développement technologique et la finance. 

    La ville futuriste sera composée de trois grandes zones : 

    • Premièrement, The Line : une ville futuriste intelligente’ et écologique, qui s’étendrait sur 170 km de longueur avec une surface de 26 500 km 2, avec l’ambition d’arriver à zéro émission de carbone.
    • Deuxièmement, Oxagon : un lieu où les approches avant-gardistes de l’Industrie 4.0 et de l’économie circulaire se rejoignent pour créer l’usine du futur pour les produits du futur. Dans cette ville, les innovateurs et les entrepreneurs pourraient faire évoluer leurs idées du laboratoire au marché plus rapidement, et les gens s’y rassembleraient pour vivre, travailler et se divertir dans des communautés prospères. 
    • Et finalement, Trojena : une destination mondiale regroupant des paysages naturels et futuristes. Elle offrirait des expériences merveilleuses à ses résidents et à ses visiteurs grâce aux six quartiers distincts qui privilégieraient des expériences uniques.

    Un projet intéressant pour l’Arabie Saoudite

    Le méga-projet du prince Mohammed ben Salmane (prince héritier de l’Arabie Saoudite depuis 2017 et premier ministre depuis 2022) offre au pays des avantages significatifs. L’avantage le plus important de ce projet est la diversification de l’économie du pays en créant de nouveaux secteurs d’innovation et de recherche. Le projet a pour ambition de devenir un hub pour l’innovation.

    Le projet attirerait des investissements et des talents internationaux avec la création de 380 000 emplois. The Line, seul, pourrait recevoir environ 1 million d’habitants d’ici 2030.

    Deuxièmement, le projet transformerait l’Arabie Saoudite, un pays désertique, en un pays beaucoup plus écologique avec la plantation de millions d’arbres, le traitement des eaux et une agriculture intelligente. Le site web affirme que Neom deviendra « la ville la plus autosuffisante au monde ». On y prévoit des serres révolutionnaires et une agriculture verticale. Cela permettrait de diminuer de manière significative la dépendance du Royaume des importations de produits agricoles (actuellement 80% des besoins du pays).

    Troisièmement, la ville de NEOM située au bord de la mer Rouge, par laquelle transitent 13 % du commerce international, intégrerait l’Arabie Saoudite davantage dans les activités commerciales internationales. De plus, 40 % de la population mondiale se trouve à moins de six heures de vol de NEOM. 

    Un projet trop ambitieux ? 

    NEOM reste un projet qu’on pourrait décrire d’irréaliste. D’une part, les projets saoudiens comportent des technologies très avancées qui n’existent pas encore aujourd’hui, comme les automobiles volantes et la lune artificielle pour n’en citer que deux exemples. 

    D’autre part, le projet oblige la population actuelle de la ville de Tabuk à déménager afin de pouvoir réaliser les nouvelles infrastructures et la mise en place de ce projet pose déjà des problèmes au niveau du respect des droits de l’Homme. 

    Plus encore, les promesses effectuées par le gouvernement saoudien semblent parfois se contredire elles-mêmes. Dans un premier temps, on clame avoir comme but de supprimer l’émission de gaz à effet de serre et de rendre l’Arabie Saoudite plus verte en annonçant un objectif de zéro émission nette d’ici 2060. Mais, une multitude d’examens par des spécialistes du climat, ont démontré que cela ne serait pas réalisable. Ils soulignent que pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 C, la production mondiale de pétrole doit diminuer d’environ 5 % d’ici 2030. Cela est contradictoire avec les promesses de l’Arabie Saoudite d’augmenter sa production de pétrole faites juste quelques semaines après avoir fait des promesses ‘vertes’ à la conférence sur le climat COP26 au début de 2022. Le ministre de l’énergie a déclaré que le pays n’arrêtera pas de pomper son pétrole et il dit : “nous serons toujours le dernier homme debout, et chaque molécule d’hydrocarbure sortira” (source : bbc news Africa).

    Le projet de Neom est très prometteur pour l’avenir de l’Arabie Saoudite s’il est réalisé de la manière proposée. Des images publiées montrent que le chantier a commencé récemment mais on est encore loin de pouvoir vérifier si l’Arabie Saoudite va pouvoir tenir ses promesses faites à la fois sur le plan écologique et industriel.
    reste pour le moment un projet ambitieux et controversé qui pourrait déterminer la croissance de l’Arabie Saoudite dans les prochaines décennies.

    Illustration de couverture par Yasemin Gümpert
    Article mis en page par Selim Gunes

    Jad Atallah
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  • La coupe du monde et ses enjeux sociaux

    La coupe du monde et ses enjeux sociaux

    Des sentiments mitigés et partagés s’emparent d’un bon nombre de personnes quant à la coupe du monde de football qui se déroulera au Qatar du 20 novembre au 18 décembre 2022. On peut dire, en effet, que la coupe du monde au Qatar fait plus parler d’elle avec ses polémiques que pour son aspect sportif en lui-même. 

    Par exemple, les règles très strictes du pays sont appliquées pour les supporters, autre point sensible qui fait polémique. En effet, le Qatar a publié un document de 6 pages sur les choses « à faire et à ne pas faire » durant la coupe du monde. Il y a  par exemple un chapitre sur les bonnes manières: comment saluer les Qataris, comment se comporter  lors du repas. S’ajoute à cette liste, un chapitre sur le code vestimentaire au Qatar. Par exemple, il serait bien vu que les femmes  portent le voile même si aucune loi ne l’exige. Il est également demandé aux spectateurs de porter des vêtements qui couvrent à la fois épaules et genoux. Les vêtements trop serrés ou transparents sont interdits. L’alcool est également à bannir dans les stades. Dans un pays où les droits des LGBTQ+ ne sont pas des plus respectés, les membres de cette communauté sont eux aussi invités à se faire discrets. 


    Outre ces facteurs qui semblent surprenants pour les habitués de la coupe du monde, le choix du pays est aussi questionné pour des questions écologiques. Alors même que ce pays est l’un des plus chauds de la péninsule arabique, il a été décidé en 2010 que c’est à cet endroit où la chaleur est écrasante que se tiendra cette coupe du monde. Pour répondre à ce problème, 7 des 8 stades construits au Qatar pour cet évènement seront climatisés et à ciel ouvert. Autre point de débat écologique, c’est le fait que, pour la plupart, ces stades seront à usages uniques. Effectivement, ils ne seront probablement pas réutilisés après la coupe du monde. L’impact écologique n’est donc pas amorti sur le long terme. Certains des stades sont cependant démontables.


    Enfin, la plus grande controverse de la coupe du monde du Qatar concerne les conditions de travail des ouvriers majoritairement étrangers qui construisent les stades ou les hôtels qui accueilleront les supporters. Salaires non payés, confiscation des pièces d’identités, ces ouvriers sont bien souvent privés de leurs droits humains les plus basiques. Le Qatar revendique avoir pris des décisions en un temps record pour améliorer la situation avec des lois qui ont été modifiées ou ajoutées. Mais ce n’est cependant pas suffisant. En effet, de nombreux ouvriers ont également été expulsés du territoire pour avoir manifesté pour leurs salaires. Par ailleurs, 2500 ouvriers seraient morts sur les chantiers de construction. Accidents de travail et insécurité des ouvriers, cette coupe du monde a fait des dégâts humains. 


    Pourtant, cette coupe du monde, tant attendue par les Qataris, a également une portée positive. Tout d’abord, c’est la première fois que la coupe du monde se déroule dans un pays arabe et, selon le Qatar, cela est très important pour la jeunesse de la péninsule arabique de montrer que ce pays ainsi que ses pays voisins peuvent accueillir la coupe du monde. C’est aussi une occasion de dissiper les stéréotypes existant sur ce pays et les pays arabes en général et de promouvoir un échange interculturel. La Fédération internationale de football association (FIFA) clame par ailleurs que cette coupe du monde peut avoir un impact positif sur les droits des travailleurs au Qatar suite au rapport d’Amnesty International par exemple qui dénonce les conditions de travail des ouvriers. Le Qatar pense lui que tous les pays devraient avoir la chance d’accueillir un événement sportif aussi reconnu afin de créer de l’emploi par exemple et de mieux faire connaitre la culture du pays qui l’accueille. Pour ce qui est de la chaleur, le pays organisateur a déplacé la coupe du monde d’été (pour éviter une chaleur trop écrasante) à l’automne et affirme que certains stades ont 5 étoiles sur l’échelle de soutenabilité. 


    Les avis sur cette coupe du monde sont donc très partagés et de nombreuses villes en France notamment, comme Paris, boycotteront cette coupe du monde qui, pour certains, irait à l’encontre des  valeurs du football et des droits humains.

    Illustration de couverture de Damla Kayaalp
    Article mis en page par Arif Kılınç

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  • Visite de M. Olivier Brochet, Directeur de l’AEFE

    Visite de M. Olivier Brochet, Directeur de l’AEFE

    Jeudi 17 novembre, notre lycée a reçu M. Olivier Brochet, Directeur général de l’AEFE, sur le site de Tarabya.

    Après une visite des lieux, M. Brochet a rencontré les médias scolaires, les membres du CVC, CVL et du FSE, les éco-délégués, l’APE gestionnaire, l’Association des anciens élèves ainsi que les associations des parents. La visite s’est terminée par la plantation d’un arbre dans le parc de l’établissement.

    Une belle visite à découvrir dans ce 1er reportage des nouveaux JRI (Jeunes reporters internationaux de l’AEFE) de Pierre Loti : Erdeniz Karayalçin au cadrage et montage, assisté de Kaan Özkan et Ella Perreault.

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  • La coupe du monde 2022

    La coupe du monde 2022

    La 22ème édition de la coupe du monde de football, le tournoi prestigieux qui réunit les meilleures sélections nationales, se déroule au cœur de la péninsule arabique, au Qatar, du 20 novembre au 18 décembre 2022. Au centre de plusieurs polémiques, ce mondial va être le premier à avoir lieu au cours des mois d’hiver et il n’est pas faux de dire qu’il offre un tableau très intéressant d’un point de vue sportif.

    Tout comme les jeux olympiques, le mondial est un événement qui connecte et unit le monde entier et porte une grande importance dans le monde du football. Il regroupe 32 pays des quatre coins du globe qui s’opposent pour avoir l’honneur d’être nommé champion du monde et obtenir la coupe la plus iconique de l’histoire de ce sport.

    La coupe du monde 2022 s’annonce très particulière au niveau de la programmation. Afin de minimiser la période pendant laquelle la saison en club sera perturbée, un calendrier resserré a été adopté par l’association organisatrice, FIFA. Par conséquent, contrairement à son déroulement habituel, le tournoi se déroule sur seulement 29 jours. Les  spectateurs auront ainsi droit à non pas 3 mais 4 rencontres quotidiennes au programme. C’est alors dans ces conditions inhabituelles que des dizaines, voire des centaines de millions de supporteurs suivront les matchs auxquels participera l’équipe française pour protéger son titre de champion.

    Comme d’habitude, le tournoi présente plusieurs nations favorites aussi bien que d’autres pays qui visent à déjouer les pronostics pour devenir vainqueur. Les groupes seront alors composés de 4 équipes qui joueront, chacune, 3 matchs lors de cette étape. Par la suite, les pays qui avanceront à l’étape suivante (soit les 1ers et les 2èmes de chaque groupe) s’affronteront dans le huitième de finale pour avancer au quart de finale et à la demi-finale. Cependant, la rencontre de finale se déroulera le 18 décembre au stade de Lusail qui dispose de 80.000 sièges et elle marquera la fin de la compétition.  

    D’une part, les grands favoris sont encore une fois les nations reconnues pour leur succès dans le sport comme notamment le Brésil qui au cours de l’histoire a remporté le prix 5 fois (plus que tout autre pays) et tentera d’être vainqueur à l’aide de ses joueurs réputés mondialement, que ce soit Neymar, Casemiro, Alisson ou encore Vinicius Jr.

    D’autre part, les bleus seront au Qatar pour défendre leur titre de champion. Sous la direction de Didier Deschamps, l’équipe dotée de grandes stars telles que Kylian Mbappe, N’Golo Kanté, Ousmane Dembélé, Hugo Lloris et Paul Pogba va se battre pour ajouter une troisième étoile sur son maillot.

    Kylian Mbappe par Gabriel Henry. DR.

    De surcroît, Lionel Messi tentera de soulever la Coupe du monde pour la première fois durant sa carrière dans ce qui est fort probablement sa dernière participation au tournoi. Que ce soit Di Maria, Dybala ou Lautaro Martinez, ses coéquipiers seront à la quête du triomphe pour permettre à leur capitaine de terminer sa carrière de la meilleure façon possible.

    En outre, l’Angleterre est également une équipe talentueuse. Dotée de joueurs tels que Harry Kane, Phil Foden et Raheem Sterling,  »les lions’’ auront pour but de décrocher le Graal pour la première fois depuis 66 ans. C’est ainsi grâce à leur nouvelle génération surdouée que l’Angleterre ne doit certainement pas être sous-estimée.

    De plus, tandis que l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique et le Portugal ne doivent pas être écartés, il est important de souligner que c’est également la première participation de l’hôte à la Coupe du monde qui débutera avec leur match contre le Sénégal. Dans un groupe compliqué, il faudrait malgré tout un véritable exploit pour qu’ils sortent de cette phase, les trois autres équipes semblant largement supérieures (Sénégal, Equateur, Pays-Bas).

    Nous pouvons donc finalement mettre en avant le fait que malgré diverses questions qui se sont posées au cours des dernières années concernant la Coupe du monde de Qatar et malgré l’ensemble des polémiques que cette organisation a engendrées, d’un point de vue sportif, pendant un mois, nous allons pouvoir admirer du football du plus haut niveau et prendre plaisir en supportant nos équipes préférées quoi qu’il en coûte. Il s’agit d’une dernière danse pour des joueurs comme Messi, Ronaldo, Lewandowski, Neymar et Muller, ce qui ajoute de l’importance à cette édition du tournoi.

    Article mis en page par Tülin Toz
    Illustration de couverture par Gabriel Henry

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  • Le Papillon d’Istanbul : notre histoire exposée !

    Le Papillon d’Istanbul : notre histoire exposée !

    A l’occasion de ses 60 ans, le lycée Pierre Loti nous propose une exposition captivante retraçant son histoire… à découvrir ! 

    En 18 panneaux, l’exposition effectue un réel retour sur le passé de notre école, mettant en lumière son parcours dans sa complexité. En effet, l’école d’aujourd’hui est bien différente de ses prémices, ce qu’elle a été en 1942 lorsqu’elle se présentait sous la forme  de cours de préparation au baccalauréat assurés par des enseignants du lycée Galatasaray, sous l’impulsion d’un professeur de Philosophie étonnant : Camille Bergeaud. Par la suite, l’établissement s’est transformé petit à petit, en empruntant de nouveaux espaces : de nouvelles  classes ont été ouvertes dans l’enceinte du Consulat général de France à Istanbul (l’établissement était alors une composante du futur Institut français), au sein de l’ancien Séminaire Saint-Louis situé sur le domaine du Palais de France, et, plus récemment sur le site de Tarabya. 

    La présentation nous renvoie aux origines de la création de l’école en nous rappelant certaines dates mémorables, notamment celle de sa fondation en 1962. En effet, c’est à cette date que l’école devient officiellement indépendante du Centre culturel français et commence à être gérée par une association de parents. Cette gestion parentale évolue jusqu’à se transformer en une “Association des parents d’élèves du Lycée français Pierre Loti”, toujours active aujourd’hui. Ainsi, on remarque, dès les origines, l’importance de l’implication des parents au sein de l’établissement. 

    L’exposition souligne également les différentes difficultés rencontrées par l’établissement au cours du temps : le manque d’espace, le besoin de financement et les problématiques de sécurité. Elle suit fidèlement la chronologie des évènements et les illustre à l’aide de documents qui viennent des archives diplomatiques françaises et de celles du Lycée : images, témoignages, correspondances officielles, cartes et plans. 

    Le contenu regorge d’informations intéressantes et souvent tombées dans l’oubli, comme, par exemple, les logos et les noms antérieurs de l’école. Autrefois, le lycée français Pierre Loti s’appelait École Française d’Istanbul (EFI). Néanmoins, son surnom “Papillon” reste inchangé et persiste encore aujourd’hui parmi de nombreuses générations d’anciens élèves. 

    Logo de l’EFI juste avant le changement de nom du lycée. 1989. DR.

    Cette exposition met en avant les valeurs et l’engagement des élèves, des professeurs et des membres du personnel du lycée Pierre Loti qui se démarquent par leur persistance dans le temps. Elle réveille le souvenir, entre autres, des voyages scolaires, des spectacles, des fêtes de Noël, des représentations théâtrales créées par les élèves et de la rédaction d’un journal du lycée. 

    Cette mise à plat de notre histoire commune renvoie un sentiment d’appartenance à une chaleureuse et grande fratrie. L’énergie dégagée est fort positive et attrayante. Les professeurs et les membres du personnel peuvent éprouver une douce nostalgie à l’évocation de ces nombreux souvenirs, tandis que les élèves et leurs parents peuvent réaliser l’importance ainsi que la richesse du passé de leur école. 

    Encadré sur les médias scolaires depuis les années 80. DR.

    L’exposition établit une connexion entre les élèves d’aujourd’hui et ceux qui les ont précédés: c’est une source de réconfort et d’appui. Les multiples photographies nous rapprochent des anciens élèves et insufflent l’envie de les rencontrer. Finalement, nous ne sommes pas si différents de nos prédécesseurs et cette exposition nous permet de prendre conscience de nos similarités et de nos valeurs communes. Par exemple, la rédaction d’un journal de l’école par des élèves a depuis longtemps été présente à travers l’Album, Le Journal de Pierre Loti et Piloti. Aujourd’hui, sous une forme actualisée, on retrouve Crescendo pour le lycée et Loti News pour le collège. L’idée que des élèves, plusieurs dizaines d’années avant nous, étaient à notre place en train de rédiger des articles, est assez sensationnelle et impressionnante.

    Affiche de l’exposition. DR.

    Ainsi, c’est une exposition enrichissante qui présente les différentes étapes de la création et de l’évolution de l’établissement. Elle explique comment celui-ci a dû constamment se renouveler et s’adapter au cours du temps C’est l’exposition de tout un héritage et de notre patrimoine commun !


    NDLR : Cette exposition a été réalisée par Claire Le Bras, historienne, à partir des archives diplomatiques françaises, des archives du lycée Pierre Loti et des archives photographiques du Musée de Galatasaray, en collaboration avec Frédéric Gérard, référent culture du lycée Pierre Loti.

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