Le 2 septembre 2024 s’ouvrait à Avignon le procès d’une affaire judiciaire qui a bouleversé la France. Plus de 51 hommes étaient accusés d’avoir abusé et violé Gisèle Pélicot, droguée à son insu par son mari, Dominique Pélicot. Cette affaire a soulevé de nombreuses questions sur le traitement des femmes dans notre société. Gisèle Pélicot est devenue une icône mondiale en autorisant un procès public et en partageant son histoire poignante.
“9 années”
Le 12 septembre 2020, un agent du supermarché Leclerc de Carpentras surprend un homme d’un certain âge en train de prendre des photos sous les jupes des femmes à leur insu. Alertée, la police intervient rapidement. L’homme, Dominique Pélicot, est arrêté mais relâché après une brève garde à vue. Cependant, une perquisition à son domicile met au jour un ordinateur contenant des preuves accablantes.
Sur un site nommé « coco.gg », Dominique Pélicot échangeait avec une cinquantaine d’hommes, les invitant à venir violer sa femme Gisèle, rendue inconsciente par les fortes doses de drogues qu’il lui administrait. Placé en garde à vue, il avoue le 2 novembre 2020. Pendant ce temps, un policier explique la situation à Gisèle, qui n’était absolument pas au courant de l’horreur qu’elle subissait depuis près de neuf ans.
A leur domicile, dans la petite ville de Mazan, commune du Vaucluse, les enquêteurs découvrent des centaines de vidéos regroupées sous le dossier intitulé « ABUS », témoignant de 92 viols entre juillet 2011 et septembre 2020. La découverte bouleversante inclut également des photos compromettantes de leur fille, Caroline, en sous-vêtements.
Un drame familial
Au bout de quatre mois de procès, le 19 novembre 2024, Gisèle s’adresse une dernière fois au tribunal. Elle exprime sa colère et son désespoir, s’interrogeant sur l’indifférence de ceux qui savaient ou suspectaient ce qui se passait.
« C’est pratiquement une banalité de m’avoir violée » Gisele Pélicot
Dominique Pélicot, quant à lui, demande pardon. Le 20 novembre, au terme de onze semaines de procès, il qualifie ses actes de « désastre » et prétend ne pas comprendre ce qui l’a poussé à infliger une telle horreur à sa femme. Mais ses regrets sont perçus comme vains. Gisèle, malgré les cinquante années de mariage, affirme ne jamais avoir soupçonné le monstre qui se cachait derrière l’homme qu’elle a aimé pendant toutes ces années, ce père de famille aimant et attentionné.
« Je vais mourir comme un chien, ça ne me dérange pas » Dominique Pelicot
Caroline, leur fille, exprime un profond dégoût envers son père. Elle a renié son nom de famille et publié un livre intitulé Et j’ai cessé de l’appeler papa. Elle qualifie Dominique de « l’un des plus grands criminels sexuels de ces 20 dernières années » et fonde l’association Ne m’endors pas pour lutter contre les viols par soumission chimique.
« Je n’irai jamais te voir ! (…) Tu finiras seul, comme un chien ! » Caroline Darian “Pélicot”
Les accusés
Tous ont nié les accusations, aucun d’eux ne veut être dépeint comme le monstre qu’il est.
Gisèle a eu le courage de rendre son procès public afin que « la honte change de camp » ; elle a voulu que tous ces hommes aient honte de lui avoir fait vivre ce cauchemar ignoble, que ce ne soit plus les victimes qui aient honte mais eux.

Dans le verdict énoncé le 19 décembre, les 51 accusés dénommés les “cinquante” ont tous écopé d’entre 3 et 20 ans de prison. Le parquet est clair dans sa démarche : montrer l’exemple avec ces cas-là sur les peines encourues en cas de viol. Des peines qui se basent sur le nombre de fois où ils se sont rendus chez Dominique et Gisèle Pélicot et s’ils ont oui ou non violé la victime.
Ces personnes peuvent toujours être considérées comme des humains. A leur sujet, l’avis du public est tranché : tous doutaient que les agresseurs soient très souvent des pères de famille, des militaires, des pompiers ou même des infirmiers. Des personnes qui sont censées nous protéger, voire nous sauver, ont fait vivre un calvaire à la victime que ce soit dans la chambre ou au tribunal. Beaucoup d’entre eux étaient outrés d’être accusés de viol, affirmant contre toute évidence qu’ils ne savaient pas que Gisèle était endormie et qu’ils croyaient que c’était un “fantasme” qu’elle avait avec son mari.
Dominique Pélicot a lui été condamné à 20 ans de prison ferme. Les avis sur cette sentence sont mitigés. Certes, le verdict est perçu comme un progrès : la justice parvient enfin à écouter les victimes de viol. Mais cette sentence pourrait-elle offrir une compensation à la victime dont la vie a été dramatiquement chamboulée. D’aucuns pensent que les criminels méritent des peines plus élevées.
Icône féminine
L’affaire a pris une ampleur médiatique considérable, attirant même l’attention de la presse internationale. Gisèle Pélicot est devenue un symbole de résilience et de féminisme, encouragée par des soutiens massifs sur les réseaux sociaux.
Le fameux journal de mode “Vogue” fera même d’elle une de ses couvertures.
“It Isn’t Gisèle Pelicot’s Responsibility to Change the Conversation Around Rape—But She Might Just Do It Anyway” Claire Cohen
Le viol est depuis bien trop longtemps un sujet demeuré tabou : par peur d’être critiquées ou jugées, les victimes sont très souvent celles qui n’osent jamais en parler les premières.
En France, toutes les 2 minutes 30, une femme peut être victime de viol ou d’une tentative de viol. Gisèle Pélicot a été un moyen pour ces femmes de vaincre leur peur et de réclamer, enfin, le droit à la justice qu’elles méritent.
Se regroupant devant et à l’intérieur du palais de justice d’Avignon, de nombreuses personnes ont, durant toute la durée du procès, montré leur plus grand respect et soutien à Gisèle Pélicot. En effet, elle n’a pas voulu rester silencieuse sur ce qu’elle a subi, des faits qui la hanteront probablement toute sa vie.
Elle a choisi de rendre public le procès de ses agresseurs et de témoigner avec une parole forte. Ce faisant, elle est devenue la porte-parole des femmes agressées sexuellement dont le calvaire est souvent mis en sourdine, elle est devenue une figure de proue du féminisme.
Mis en page par Selim Günes
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