Les Fantômes : un thriller bouleversant sur la traque des criminels de guerre syriens

Dans le cadre d’une rencontre cinématographique à l’Institut Français d’Istanbul, le 26 novembre 2024, les élèves de première accompagnés de ceux de la spécialité HLP de terminale et les membres du club court-métrage ont découvert Les Fantômes, un thriller réalisé par le réalisateur Jonathan Millet, avec lequel ils ont ensuite pu échanger. Ce film qui mêle des tensions dramatiques et une profondeur psychologique interroge les spectateurs sur les séquelles invisibles de la guerre, l’exil forcé et le deuil… 

Le premier long métrage de Jonathan Millet, Les Fantômes, est un thriller avec des inspirations documentaires centré sur Hamid, un réfugié syrien. Le synopsis de ce film d’espionnage est intriguant : Hamid est membre d’une organisation secrète qui traque les criminels de guerre syriens cachés en Europe. Sa quête le mène à Strasbourg sur la piste de son ancien bourreau… 

Construit comme un enchaînement d’histoires entremêlées, le film suit plusieurs personnages hantés et même bloqués dans leur passé. Ces hommes et femmes, y compris le protagoniste principal, Hamid, sont marqués par des souvenirs douloureux et s’engagent dans une quête pour retrouver les responsables des atrocités par les tortionnaires du régime de Bachar al-Assad au cours de la guerre civile syrienne. L’atmosphère du film, à la fois oppressante et introspective, invite à réfléchir sur les cicatrices laissées par les conflits armés et l’immigration liée à un exil forcé. 


Un réalisateur pédagogue à la parole claire et puissante

Lors de la rencontre qui a suivi la projection, Jonathan Millet a partagé des détails sur la création du film, afin de mieux éclairer les élèves sur le thème.

Le réalisateur Jonathan Millet. DR.

Interrogé sur ce qui l’a inspiré à réaliser une telle œuvre, il a expliqué que l’idée initiale provenait de son travail sur le terrain avec des réfugiés et des survivants de conflits.

Au départ, Les Fantômes était pensé comme un documentaire. Mais en cours de route, j’ai réalisé qu’un film de thriller sur tout ce qui ce passe captiverait plus le spectateur.

Cette transformation d’un projet documentaire en un thriller de fiction donne au film une dimension universelle, tout en préservant son ancrage dans la réalité syrienne. Millet a également souligné l’importance de rester fidèle aux histoires entendues : 

Chaque personnage du film est inspiré par des récits réels, parfois déchirants, que j’ai recueillis au fil des années.

Un aspect particulièrement marquant de Les Fantômes réside dans son ambiance sonore qui joue un rôle essentiel dans la narration. À la question sur le choix des sons, Millet a répondu :

Nous voulions que le spectateur ressente un malaise constant.

Ce travail sur la bande sonore a pris plus de 6 mois. 

Le film met en lumière la solitude des exilés et le poids des souvenirs dans leur reconstruction. Les spectateurs, par cette plongée dans des thématiques souvent invisibles au grand écran ont exprimé leur reconnaissance pour la manière dont le réalisateur aborde des sujets complexes avec tant de sensibilité.

Une actualité brûlante

Inutile de dire que l’actualité immédiate est en résonance très particulière avec ce film, thriller en tension sur la traque des criminels de guerre syriens du régime (désormais) déchu de Bachar Al-Assad

Le personnage de Hamid est en effet un ancien détenu de la prison de Saidnaya, de sinistre mémoire, où la torture était une routine quotidienne. 

Jonathan Millet a conclu la discussion en expliquant pourquoi il avait choisi le thriller comme genre : 

Le thriller avec sa tension constante me permettait de traduire l’urgence que ressentent ces personnages. La peur dans ce film n’est pas seulement extérieure. Elle vient de l’intérieur, de ce qu’ils ont vécu et qu’ils ne peuvent oublier. 

Une rencontre mémorable pour nous tous, tant avec un film qu’un réalisateur, marquée par des émotions fortes. Si vous n’avez pas encore vu Les Fantômes, il est grand temps de le faire. 

Mise en page par Arif Kilinç


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Delphine Boulanger
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