Une histoire de l’anti-racisme

NDLR : Article d'archive remis en ligne (cf. Crescendo no.6, Janvier 2022 "Le réseau AEFE : le monde des possibles")

L’encyclopédie Britannica définit le racisme comme “la croyance que les êtres humains peuvent être divisés dans des entités biologiques appelées des ‘races’ et qu’il y a un lien entre les caractères physiques hérités et la personnalité, l’intelligence, la moralité, et d’autres comportements ; et que certains races sont supérieures aux autres de façon innée.” Fondamentalement, le racisme propose l’idée qu’une population qui partage des traits physiques similaires partage aussi des comportements et attitudes qui déterminent sa supériorité ou infériorité face aux autres populations. 

Le racisme est donc une forme de discrimination qui peut exister sous plusieurs formes : via le harcélement physique ou verbal, la ségrégation, l’exclusion de certains groupes ou activités comme le sport, la restriction d’accès à certains besoins comme la nourriture, l’education etc. En effet, la Commission des Droits de l’Homme de l’Australie indique que : “Le racisme est plus que des mots, des croyances, ou des actions. Il inclut toutes frontières qui empêchent les gens de jouir de la dignité et de l’égalité à cause de leur race.

En outre, le racisme se divise selon deux échelles : individuelle et systémique. 

Jim Crow
  • Le racisme individuel est l’ensemble des attitudes, des sentiments racistes à l’échelle de l’individu. Ce sont les préjugés et croyances d’une seule personne envers une ou des populations. Il est lié au racisme systémique par le fait que ce dernier renforce le racisme individuel.
  • Le racisme systémique est l’ensemble des lois racistes à l’échelle du pouvoir. Dans ce cas, c’est, comme son nom l’indique, le système qui met en place les discriminations racistes et non seulement les sentiments d’une personne. Les Lois Jim Crow, par exemple, étaient des lois de ségrégation établies en 1877 dans le domaine public contre les Afro-Américains au sud des Etats-Unis. 

Il y a encore plus de catégories et sous catégories qui peuvent être évoquées, mais au détriment de la longueur de cet article.

Qu’est-ce que l’anti-racisme?

L’anti-racisme est, comme son nom l’indique, l’ensemble des attitudes, sentiments, et luttes contre le racisme. Comme le racisme, son antonyme peut aussi se diviser plus ou moins selon deux échelles : individuelle et systémique/institutionnelle. L’anti-racisme individuel consistant en toutes sortes d’attitudes contre le racisme à l’échelle d’une personne, que ce soit par la parole, les pensées, les sentiments, ou l’activisme ; l’anti-racisme systémique s’exprimant à l’échelle d’une organisation ou d’une autorité, que ce soit par des lois, des politiques, des réformes, etc. Le mouvement BLM (Black Lives Matter), par exemple, est un mouvement social qui a comme objectif de lutter contre tous types de discrimination et violence contre les Afro-Américains/Noirs aux États-Unis et par extension dans l’ensemble du monde.

Les premières instances d’anti-racisme

Des sentiments racistes ont existé depuis les temps les plus primitifs, même s’ils n’étaient pas formés dans le système clairement défini qu’on connaît de nos jours. C’est pour cette raison que les historiens nomment “proto-racisme” (du grec prōtos : premier) les premières instances des attitudes racistes. Un exemple de cela sont les paroles d’Aristote, philosophe grec, où il prétend que les grecs sont naturellement libres, et les étrangers sont naturellement destinés à l’esclavage.

En revanche, des luttes contre ces sentiments existaient aussi à l’époque prémoderne. Par exemple, des sentiments antiracistes étaient apparents dans certains discours religieux comme les écritures de Paul de Tarse (mort en 64-67 après J-C) , fameux apôtre chrétien, où il dit que “justice de Dieu par la foi en Jésus Christ pour tous ceux qui croient. Il n’y a point de distinction (entre un Juif et un Gentil [non juif]).” (Romains 3:22), et les paroles de Mahomet, fondateur de la religion de l’Islam, dans son Sermon d’Adieu sur le Mont Arafat, où il affirme que “il n’y a pas de supériorité d’un arabe contre un étranger, et vice versa, ou d’un blanc contre un noir, et vice versa, sauf par conscience d’Allah.” (Musnad Ahmad). 

Le premier européen qui s’est opposé ouvertement au racisme, dans le contexte de l’esclavage des amerindiens, était Antonio de Montesinos, au 16ème siècle après J-C, un dominicain, qui a reprimandé les autorités espagnoles pour leurs actions cruelles contre les populations indigènes du continent américain. 

Le Siècle des Lumières  

Le XVIIIème siècle, surnommé le “Siècle des lumières” dans la culture occidentale, est caractérisé par l’importance qu’il donne à la raison, l’intelligence, la liberté et la justice sociale contre l’obscurantisme et les actions injustes, régressives et restrictives de l’Etat. A cet époque était en place le “Commerce triangulaire”, un commerce de millions d’esclaves africains emportés de leurs familles, forcés à travailler dans des conditions rudes et mortelles, et punis brutalement s’ils essayaient de s’enfuir. Dans ce contexte, Voltaire, dans son livre Candide ou l’optimisme, écrit un chapitre où Candide, le personnage principal, rencontre un esclave mutilé pour avoir essayé de s’enfuir. “Quand nous travaillons aux sucreries et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main; et quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe” dit l’esclave à Candide. Voltaire critique aussi les actions de l’église catholique pour ce qu’il considère comme de l’hypocrisie : le fait qu’ils affirment l’égalité des races mais ne le mettent pas en pratique.

L’affaire Dreyfus 

L’antisémitisme est une forme du racisme qui cible spécifiquement les Juifs, une population ethnoreligieuse (une ethnicité avec une religion commune) qui était très répandue en Europe durant le 19ème et 20ème siècle, avant la création de l’État d’Israël en 1948. Avant et durant la seconde guerre mondiale, le régime nazi dirigé par Adolf Hitler s’est appuyé sur une idéologie antisémitisme pour réaliser un génocide de plus de 6 millions de Juifs, événement qu’on nomme la Shoah (signifiant “catastrophe” en Hébreu). 

Durant la IIIème République, entre 1894 et 1906, l’officier de confession juive Alfred Dreyfus a été victime d’un complot judiciaire nommé Affaire Dreyfus. Durant cette époque, le territoire de l’Alsace appartenait à l’Allemagne. Dreyfus, lui-même Alsacien, a été accusé de trahison et d’être un espion de l’Allemagne. Il a par conséquent été dépouillé de son statut de capitaine, condamné dans un procès militaire et emprisonné pendant huit ans malgré son innocence et le manque de preuve. Cette affaire a divisé la France en deux camps : les dreyfusards et les antidreyfusards. Parmi les dreyfusards se trouvaient l’écrivain naturaliste Emile Zola, qui a écrit dans un journal une fameuse lettre s’adressant au Président de la République et aux autorités, les accusant d’injustice et défendant Dreyfus : “J’accuse”, cette appellation étant dûe au fait que chaque phrase de la lettre commençait avec ce groupe de mots. Cette affaire a été majeure dans l’histoire de la France, et a non seulement dénoncé les injustices subies par les Juifs à l’époque, mais a aussi contribué à la réflexion qui aboutira en 1905 à la loi de séparation des églises et de l’Etat. 

Le Mouvement américain des droits civiques

Même si l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis et la période de Reconstruction a augmenté les droits des afro-américains en Amérique, les Etats du sud des Etats-Unis n’étaient pas en faveur de ces réformes et ont établi les Lois Jim Crow à la fin du XIXe siècle : des lois de ségrégation entre les blancs et les noirs, séparant les populations de ces Etats selon la couleur de leur peau pour les facilités publiques, leurs endroits de résidence et interdisant les mariages mixtes. Le nord, bien qu’il n’ait pas adopté ces lois, a tout de même également créé un environnement discriminatif et hostile envers les populations afro-américaines. 

Ces lois ont déclenché un mouvement social dans les années 50 et 60, nommé le “Mouvement américain des droits civiques” (The Civil Rights Movement en anglais), qui avait comme but de lutter contre ces conditions oppressives dans lesquelles vivaient les afro-américains afin d’établir une société juste et égalitaire. Plusieurs figures et événements importants font partie de l’histoire de ce mouvement :

  • Rosa Parks, une femme d’une quarantaine d’années, a refusé de céder sa place dans un bus à Montgomery, dans l’Etat de l’Alabama, à un passager blanc le 1er décembre 1955. Elle a été subséquemment arrêtée par la police. Son arrestation est vue comme le déclencheur du mouvement avec le boycott du système de bus de Montgomery, ce qui valut à Parks d’être nommée la mère du Civil Rights Movement.
  • Martin Luther King Jr, pasteur afro-américain qui reçut le Prix Nobel de la Paix, a été la figure la plus importante du mouvement. Il était le chef des manifestants afro-américains et a dirigé le boycott contre le système de transports ségrégués. Ses efforts ont mené à l’abolition de la ségrégation des bus en décembre 1956. Il a voyagé dans un grand nombre d’endroits, et a dirigé plusieurs manifestations en Alabama pour le droit de vote des noirs. Son plus fameux sermon était “Je fais un rêve” (“I have a dream”), où il parle de son rêve d’une société égalitaire. Il a été victime de nombreux harcèlements physiques, verbaux, et d’arrestations par

Rosa Parks et Martin Luther King Jr.
  • Le Civil Rights Act est voté par le Congrès en 1964 : elle marque la fin des ségrégations, injustices et toutes sortes de discriminations qui figuraient dans les lois américaines en termes de droits civiques.
  • Malcolm X, né Malcolm Little, a été une figure majeure du mouvement. Contrairement à Martin Luther King Jr, Malcolm propageait l’idée d’une libération des afro-américains et que ces derniers devaient se défendre de toutes les manières possibles contre les injustices. Etant converti à l’Islam, il fait son pélérinage à la Mecque en 1963 où il rencontre une telle ferveur de fraternité et de solidarité entre les pélerins qu’il finit par changer ses opinions. Ce ne sont plus les blancs qui sont le problème pour lui, mais l’idée du racisme elle-même. Il finit par être assassiné en 1965.
Malcolm X

Ce mouvement est indiscutablement le plus important dans l’histoire de l’anti-racisme, et est une motivation et une fierté pour les populations afro-américaines et noires qui avaient souffert depuis longtemps sous l’oppression des gouvernements racistes.

Black Lives Matter 2020

Le 25 mai 2020, George Floyd, afro-américain, est tué par le policier Derek Chauvin en écrasant son cou avec son genou pendant plus de 9 minutes. Cet incident tragique durant la pandémie déclenche une énorme série de manifestations du mouvement BLM, luttant contre les injustices subies par les afro-américains, surtout du fait des policiers. 

Cet incident a révélé les injustices toujours présentes dans les forces de police aux Etats-Unis, et par extension dans le système américain, au détriment des populations afro-américaines qui voient leur lutte du siècle précédent bafouée. Le policier finit par être condamné à 22 ans et demi de prison, le 25 Juin 2021. 

D’autres mentions importantes :

  • Nelson Mandela et sa lutte contre la ségrégation en Afrique du Sud
  • L’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis
  • Les attaques racistes contre les personnes d’origine asiatique en 2020, et la lutte subséquente.

La lutte continue

Les efforts de toutes ces figures tout au long de l’histoire ont formé tous nos sentiments envers le racisme. Cependant, la lutte n’est pas finie, et le racisme n’est pas éradiqué. Bien que nous sommes arrivés loin, nous sommes également loin de la perfection, et les efforts pour combattre ces sentiments et comportements discriminatoires doivent être poursuivis tout au long de l’avenir, afin d’établir une société juste et égalitaire. 

« Si tu n’es pas près à mourir pour cela, fait sortir le mot ‘liberté’ de ton vocabulaire.”

Malcolm X
Jalolbek Khaydarov
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