Le musée de l’innocence, roman vivant d’un Istanbul disparu

Situé dans le quartier de Beyoglu, très proche de l’école primaire, ce musée a été lauréat du prix du musée européen de l’année 2014. Sa particularité est qu’il reflète le roman portant le même nom, écrit par Orhan Pamuk en 2008 et traduit en 58 langues différentes. Situé dans une maison ancienne et composé d’une série de vitrines, correspondant chacune à l’un des 83 chapitres du roman, il mérite le détour ! 

Orhan Pamuk a créé le roman et le musée ensemble. Il a commencé à collecter des objets pour le musée au milieu des années 1990 lorsqu’il écrivait son roman d’amour basé sur l’histoire de deux familles stambouliotes, l’une faisant partie de la haute société et l’autre d’un milieu modeste. Le récit et le musée offrent un aperçu de la vie de la classe supérieure d’Istanbul des années 1970 au début des années 2000. Selon le roman, tous ces objets ont été collectés par Kemal (le protagoniste) tout au long de l’histoire pour conserver des souvenirs de l’amour de sa vie, Füsun, mariée à quelqu’un d’autre.

Parmi ces objets se trouve un mur entier rempli de 4 213 mégots des cigarettes fumés par Füsun, selon le récit, une collection de cuillères utilisées par elle, des salières, des cartes d’Istanbul, des bijoux, des affiches etc. 

Photos prises par Erdeniz Karayalcin

Malgré la conjonction entre le musée et le roman, Pamuk maintient que le musée et le roman peuvent être visités indépendamment l’un de l’autre :

« Tout comme le roman est tout à fait compréhensible sans une visite au musée, de même le musée est un lieu qui peut être visité et vécu par lui-même. »

L’auteur tient aussi à préciser que même si la plupart des objets exposés dans le musée proviennent de sa famille, de ses amis, et le plus souvent d’objets qu’il a aimés dans sa jeunesse, le parcours du musée reflète celui du roman et non le sien propre. Il souligne ainsi souvent que le musée de l’Innocence n’est pas le musée d’Orhan Pamuk. L’entrée du musée est de 150 TL pour les adultes et de 70 TL pour les étudiants. Il est ouvert tous les jours sauf le lundi de 10h à 18h. Si vous avez le livre avec vous en copie d’origine, l’entrée est gratuite. Il suffit de montrer la page prévue pour que le personnel puisse la tamponner. 


Mes impressions 

Voici ce que je peux dire après avoir terminé le livre : 

“La description d’Istanbul par Orhan Pamuk était vraiment envoûtante. On a l’envie d’explorer chaque rue racontée une par une. Le livre peut être quelque peu répétitif, surtout lorsqu’il relate les huit années du processus, mais étant donné que c’est cette période qui constitue la collection de Kemal, cela ne m’a pas dérangé outre mesure. 

Bien que le livre aborde généralement de nombreux sujets tels que les relations, l’amour, le mariage, le bonheur, il répond aux attentes en décrivant les aspects les plus beaux et les plus sombres d’un amour profond. 

Après avoir terminé le livre, je peux dire qu’il m’a laissé une profonde mélancolie et une amertume. Même si, selon la description de Kemal, il y avait des moments où ces émotions intenses le rendaient très heureux, en même temps, la tristesse venait de la pensée des ravages que cette émotion obsessionnelle pourrait causer chez moi. Je ne sais pas vraiment, après tout, Kemal non plus n’a pas pu supporter cela pendant longtemps.”

Avec sa lumière, ses murs, ses meubles et ses objets, le musée crée une ambiance de nostalgie très agréable. Cela apporte un côté très réaliste à l’histoire. On voit clairement que cela a été bien réfléchi jusqu’au moindre détail. J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir la maison où toute une histoire de 700 pages prenait place. La manière dont le musée a préservé et présenté ces fragments de vie m’a permis de m’immerger complètement dans l’univers d’Orhan Pamuk. J’ai trouvé cela incroyable de pouvoir visualiser aussi bien le roman. Je conseille fortement à tout le monde d’y aller. 

Impressions d’une personne n’ayant pas lu le livre

“Étant quelqu’un qui n’a jamais lu une seule ligne de ce livre d’Orhan Pamuk, je me suis quand même rendu à ce musée par curiosité et intrigué. Je savais d’avance que je n’aurais aucune référence par rapport au livre quand j’y serai, mais je voulais tout de même tenter l’expérience rien que pour l’aspect artistique de la chose. 

C’était une petite maison rose. Quand j’y suis entré, j’ai tout de suite été interpellé par plein de petites cigarettes de toute taille et de toutes formes clouées au mur. On m’a dit brièvement que le personnage principal était obsédé par une femme dont il était amoureux et qu’il collectionnait chaque objet qu’elle touchait. Et ce tas de cigarettes en faisait partie. J’ai trouvé l’idée de créer un musée réel à partir de tous les objets collectionnés par le personnage principal vraiment intéressante. Plus je m’aventurais à l’intérieur, et plus j’avais l’air d’être comme submergé dans une histoire que je ne connaissais pas. Mais au fond de moi, le fait de ne pas connaître l’histoire m’allait bien, cela avait pour effet de stimuler mon imagination. Il y avait autour de moi plein de sculptures et divers objets derrière une vitre, je me demandais souvent si chacun de ses objets était un élément particulier ou important de l’histoire… On pouvait y trouver, des magazines, des fioles, des montres, des jouets et même de l’alimentaire comme du thé, du “raki” ou des “börek”.
Finalement, cette visite était pour moi comme un voyage dans le temps, comme la découverte d’une époque d’Istanbul que je n’ai jamais connue. Autant de vieux objets et de patrimoines culturels regroupés au même endroit, dans une seule petite maison rose. C’était vraiment curieux.” 

Erdeniz Karayalcin


Découvrez le début du roman lu dans ce podcast :

Mise en page par Arif Kilinç

Delphine Boulanger
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