Rencontre avec Olivia Richard, sénatrice des Français établis hors de France

Olivia Richard est une figure de la politique française, élue sénatrice des Français établis hors de France depuis 2023. Avec une carrière de plus de 20 ans au Sénat, elle a récemment eu la gentillesse de parler aux élèves de Seconde et de Première de spécialité HGGSP des thèmes essentiels que sont le fonctionnement de la démocratie et l’engagement citoyen. Suite à cela, Crescendo a eu la chance de poursuivre l’échange avec elle et de l’interviewer… 

Quel est votre parcours académique et professionnel ?

Olivia Richard : Je suis juriste, spécialisée en droit public et constitutionnel. Depuis mes 24 ans, je travaille au Sénat, principalement pour les Français établis hors de France. Les Français de l’etranger votent très peu, et nous n’avons pas le droit de faire campagne. Comme ils ne participent pas, ils ne sont pas pris en compte, et cela crée une dynamique d’exclusion. C’est le cas avec les jeunes aussi aujourd’hui. 

Que pensez-vous du vote obligatoire ? Est-ce une solution pour augmenter le nombre d’électeurs ?

Il y a un vrai intérêt chez les jeunes comme chez les personnes âgées. Ils veulent s’exprimer, et parfois par d’autres droits, comme le droit de manifester et le droit d’association, qui sont très importants dans la vie publique. C’est caractéristique de la démocratie française. Le problème avant tout, c’est l’éducation. On essaie toujours d’enseigner l’éducation morale et civique et le pouvoir politique pour inciter les jeunes à voter, et néanmoins on voit qu’ils ne sont pas très motivés. Et les réseaux sociaux… Il y a beaucoup de choses pas bien sur la manière de s’informer. Les jeunes ont beaucoup voté aux dernières élections, mais pour le candidat d’extrême droite, car il est jeune et présent sur TikTok, et c’est très désespérant. Ce n’est pas ça, la politique. Les jeunes doivent s’emparer de la politique. Le vote obligatoire ne résout pas ce problème. En France, les jeunes se sentent incompris. C’est propre aux jeunes en général : les jeunes se sentent incompris par les plus vieux. Et ce n’est pas très faux. On regarde les jeunes comme des étrangers et on répète en boucle « c’était mieux avant ». Je lutte contre cela, car la société appartient aux jeunes. On construit et on travaille pour la société de demain, pour la vôtre. 

Le vote obligatoire existe en Belgique, mais pour moi, c’est un aveu d’impuissance. Je n’aime pas l’idée de forcer les gens à voter. Ce qui m’intéresse, c’est d’expliquer aux Français que voter est non seulement un droit, mais aussi un devoir. On vous demande votre avis, et je trouve dommage qu’un grand nombre choisisse de ne pas le donner. Mais il faut aussi comprendre que, même avec un système obligatoire, l’engagement des citoyens ne se ferait pas nécessairement de manière significative. C’est surtout un problème de conscience et d’éducation.

Olivia Richard vue par Yasemin Gumpert. DR.

En tant que femme en politique, avez-vous rencontré des difficultés particulières ?

Il n’y a pas une seule réponse à cette question. Au Sénat, ce n’est pas pareil qu’à l’Assemblée nationale. Chaque groupe politique fonctionne différemment et des facteurs comme le nombre d’enfants, si on est jeune, de droite, de gauche, militante, etc. font qu’on n’est pas toujours pris au sérieux. Il est plus difficile pour moi d’avoir accès aux micros, et souvent, on me redirige vers des problèmes sociales comme la protection de l’enfance, simplement parce que je suis une femme. 

Il y a aussi une culpabilité constante, car je n’ai jamais l’impression d’être assez présente, ni pour mes enfants, ni au mandat, ni nulle part. Ce que l’on appelle le syndrome de l’imposteur. Les femmes élues doivent se mettre beaucoup de pression pour prouver qu’elles sont le bon choix, ce qui n’est pas le cas pour les hommes. Bien sûr, c’est une réalité caricaturale, mais c’est vrai. C’est un combat quotidien, avec beaucoup de sacrifices, et je fais de mon mieux. Il y a une différence dans le rapport au pouvoir selon les genres, ce n’est pas le même rapport au pouvoir et c’est quelque chose auquel je dois faire face dans mon quotidien.

Y a-t-il une figure qui vous inspire particulièrement ?

Il n’y en a pas qu’une. Je n’ai pas trop le caractère de fan, je suis émerveillée par toutes les personnes que je croise au quotidien, qui ont ce rapport à l’autre, à la société, au monde, qui fait qu’elles se dépassent. Et je trouve ça injuste qu’on parle toujours de Simone de Beauvoir, Martin Luther King, et Olympe de Gouges, alors qu’avec d’autres sénatrices, on a fait un rapport sur les femmes dans la rue, et on a rencontré des personnes admirables. Des gens inspirants, j’en croise toutes les semaines.

Quelle réforme vous semble la plus urgente en ce moment ?

Il n’y a pas forcément une réforme plus urgente qu’une autre, mais je pense que la lutte contre la violence sexiste et sexuelle est un combat incontournable. Est-ce plus urgent que celle contre la violence aux enfants? Peut-être pas, mais c’est absolument essentiel pour la société de demain. Il est urgent de briser le cycle de la violence dans nos sociétés et dans les familles. C’est un problème majeur qu’il faut traiter avec toute la gravité qu’il mérite.

Merci à Olivia Richard d’avoir partagé avec nous sa carrière au Sénat et ses réflexions sur des enjeux tels que l’éducation civique, le vote des jeunes, et les défis spécifiques auxquels les féministes sont confrontées. Son discours est une invitation à la réflexion sur l’évolution de notre société et sur l’importance de l’engagement de chacun pour la construction du futur.
Nous la remercions sincèrement pour sa disponibilité et la richesse de ses propos.

Mise en page par Arif Kilinç


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Delphine Boulanger
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