Lundi 17 mars, des élèves de Première et ceux de la spécialité HLP de Terminale ont eu l’occasion de rencontrer l’écrivain Laurent Gaudé à l’Institut français. Lecteurs du livre Eldorado ainsi que du Soleil des Scorta, ils étaient très curieux et contents de cette rencontre !
Laurent Gaudé est un écrivain français ayant rencontré un franc succès pour ses écrits. Il navigue entre deux mondes depuis toujours : le monde romanesque et le monde théâtral. Auteur de plusieurs pièces, il aime le travail de groupe, mais aussi être seul dans son écriture grâce au roman.
Tout m’intéresse” dit-il. Il y a cependant “deux familles de livres dans mon travail : les mythes, l’imaginaire, et l’écriture en réaction au monde qui m’entoure.”
Pourquoi avoir écrit Eldorado ?
Eldorado est un livre abordant, à travers des personnages différents, l’enfer vécu par les migrants voulant traverser la mer pour aller en Europe. L’auteur y aborde le sujet avec un œil différent, de l’autre côté de la Méditerranée, dans cette Europe tant rêvée, cet Eldorado presque inaccessible.








Laurent Gaudé publie Eldorado en 2006. A la question “Pensez-vous que votre livre était visionnaire de ce qui se passe aujourd’hui ?”, il répond :
Je n’ai pas été visionnaire, c’était déjà d’actualité.
L’auteur souhaitait écrire ce livre car les actualités parlaient chaque jour des nouveaux naufrages de bateaux clandestins et des centaines de migrants morts sans aucune sensibilité.
J’étais en colère. Il y avait une humanité qui se perdait.
A la radio, toujours les mêmes mots pour décrire les faits. Mais Laurent Gaudé, lui, pensait à un seul mot. Celui qui décrivait ces personnes, qui sont bien plus que des chiffres et des clandestins. Des hommes, des femmes, des enfants…
Moi, je pensais au mot courage.

Pour l’écriture, il s’informa énormément sur la situation, sur les pays d’origines de ces hommes, sur des faits historiques, mais il s’appuya aussi sur son imagination. Car pour l’écrivain, le roman permet une chose que l’actualité ne peut pas faire : la fiction. Les chiffres et les faits sans émotions ne peuvent pas toujours toucher au plus profond les populations. Or, par le biais de la fiction, de personnages, cela est possible. Laurent Gaudé voulait à tout prix éviter le documentaire. Pour cela, il a refusé de faire un voyage dans les pays d’où partent les migrants. Car il savait qu’en écoutant le vécu de ces personnes, qu’en voyant les choses de ses propres yeux, son récit serait beaucoup trop teinté du réel et se transformerait en documentaire.
Pendant longtemps, l’écriture de son récit fut arrêtée car celui-ci commençait à donner l’impression d’un documentaire. C’est alors qu’il créa un personnage, qui, jusqu’à maintenant, n’a jamais existé dans le réel : Salvator Piracci.
Car, après tout, “personne n’a jamais pris une barque de l’Europe vers l’Afrique.”
L’auteur voulait “raconter les choses autrement”. Il a “toujours considéré les livres comme un espace de projection”. Il ne parle jamais de lui dans ses romans. La question est toujours : et si c’était moi ?





Ce n’est que par la suite, lors de ses voyages, qu’il rencontra effectivement des personnes qui auraient pu être ses personnages, dans des camps de réfugiés.
Enfin, Laurent Gaudé dit : “J’ai besoin de me décaler un petit peu du réel. Je pense qu’il y a de ça dans Eldorado.”
L’importance de la transmission
Laurent Gaudé accorde beaucoup d’importance à la thématique de la transmission dans ses œuvres. Puis-je faire le tri dans ce que je reçois ? Qu’est ce que je transmets ? La transmission peut-elle être un hasard ? Toute chose se dépose en nous. La transmission est très évoquée dans son œuvre Le soleil des Scorta, qui suit le destin d’une famille sur cinq générations.





L’auteur explique que la transmission de quelque chose ne se joue pas au nombre d’heures. C’est-à-dire qu’un simple regard peut nous transmettre quelque chose. Par exemple, dans Eldorado, la rencontre très rapide entre Salvator Piracci et Suleyman va pourtant changer à jamais les deux hommes. C’est une rencontre qui marche dans les deux sens, avec deux destins différents.
Je pense qu’on pourrait faire tout un roman à partir d’un regard.
La recherche d’une appartenance
Dans ses œuvres, Laurent Gaudé cherche ce sentiment d’appartenance à la terre que l’urbain ne connaît pas. En tant que parisien, il n’a pas ce même attachement si profond qu’a l’homme à sa terre, son héritage, son pays. Il cherche cela.
Je suis à l’aise dans l’ailleurs.
Vous ne verrez presque jamais de description physique de ses personnages. En effet, l’auteur arrive à les “attraper”, à les faire comprendre quand il les fait parler, et non dans leurs descriptions. Enfin, l’auteur ne relie jamais ses anciens romans. Tel l’acteur qui ne visionne généralement jamais son film après le tournage. C’est une chose finie, maintenant on peut passer à autre chose.
Les œuvres de l’auteur sont très accessibles et teintées d’une sensibilité particulière. C’est un auteur à découvrir absolument. Laurent Gaudé est un écrivain profondément attaché aux relations humaines. A travers la fiction, il questionne le réel avec une teinte de mystique.



Dans cette discussion (organisée spécialement pour les élèves de Pierre Loti avant la rencontre publique le même jour. Merci l’Institut Français !) qui, à mon sens aurait pu encore continuer pendant des heures, Laurent Gaudé, à son tour, nous à transmis quelque chose : apprendre à voir les choses autrement. A l’instar d’Eldorado où l’on voit un autre visage des migrations : le courage de ces personnes.







Pour aller plus loin :
- Interview de Laurent Gaudé dans l’émission « La Grande Librairie » de France Télévisions en 2024.
- Entretien au théâtre « La Criée » de Marseille lors du festival « Oh, les beaux jours ! » en 2018 :

Une réflexion sur “Sous le soleil de Laurent Gaudé…”
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