Kurt Cobain (3) : la chute d’un enfant maudit

Figure emblématique du style Grunge, fondateur du groupe Nirvana, mari et père, Kurt Cobain aura marqué nombre de personnes au cours de sa tumultueuse ascension vers la célébrité. Cette surexposition l’aurait-elle menée à sa perte ou bien sont-ce les conséquences d’une vie marquée par nombre de traumatismes qui eurent raison de lui ? Découvrons, jour après jour, sa descente finale aux enfers et sa fin tragique…

1er mars 1994.
Pendant leur tournée en Europe , Kurt craque à nouveau. La célébrité, les médias, les fans qu’il ne supporte plus, et vient s’ajouter à cela des douleurs à l’estomac qui se sont amplifiées. Il consulte les médecins les plus renommés du monde, rien n’y fait, aucun diagnostic à lui poser, alors que l’héroïne est venue à la limite de l’efficacité. En Allemagne, c’est la goutte de trop : il chute. Il consulte un médecin allemand et lui demande de justifier l’annulation de tous ses concerts à venir. Il part à Rome pour profiter du calme loin des caméras. Courtney, elle, en pleine préparation de son prochain album, n’hésite pas à le rejoindre un soir pour le réconforter du mieux possible.

3 mars 1994.
Elle retrouve son mari complètement livide et inanimé auprès d’elle.

Au premier abord, tout le monde pense qu’il s’agit d’une overdose, jusqu’à ce que le médecin diagnostique une ingestion fatale de Rohypnole mélangée à des opiacés et de l’alcool. Pour les médias du monde entier, pas de doute : il s’agit d’une overdose. Les premiers titres des journaux sont évidemment “Kurt Cobain dans le coma, un toxico idolâtré par nos enfants” etc. Mais Courtney, elle, gardera le secret : ce n’est pas une overdose mais bien une tentative de suicide. Dans sa main droite, il tenait une lettre d’adieu, trois pages où il explique que seule la mort pourrait le libérer de ses souffrances, qu’il n’aime plus la musique et qu’il a l’impression que Courtney ne l’aime plus, alors plutôt mourir que de divorcer.

Kurt va s’en sortir miraculeusement et rentrer chez lui à Seattle. Ses problèmes de drogue, eux, ne vont pas se calmer et même empirer. A ce moment, Courtney lui donne le choix : plus de drogue à la maison ou alors elle divorce. Cela ne pose aucun problème à Kurt qui quitte sa villa pour s’injecter des doses d’héroïne dans un motel miteux non loin de chez lui. Et pour vous montrer l’absurdité de sa vie a ce moment-là, le médecin qui le traite pour tous ses problèmes d’addiction meurt alors à la suite à une overdose.

18 mars 1994.
Courtney appelle la police toute paniquée : Kurt vient de s’enfermer dans une chambre de leur maison, muni d’un fusil de chasse et refusant d’ouvrir la porte. Les agents retirent immédiatement toutes les armes du foyer avant qu’un drame ne se produise. Kurt lui répond simplement que c’était pour s’amuser et qu’il voulait s’isoler un peu d’elle. Une dynamique très chaotique va alors s’imposer : Courtney va donner la même version des faits aux policiers pour le défendre. Les policiers et témoins demandent maintes et maintes fois si Kurt est suicidaire, ce qu’elle nie alors même que tous les carnets de Kurt sont noircis d’idées suicidaires.

25 mars 1994.
Juste une semaine après, pour garder son monde intact, Courtney convoque plusieurs dizaines de proches de Kurt pour le remettre à sa place et lui faire comprendre ses responsabilités. Ils le forcent tous à prendre des scéance de désintoxication, en lui faisant comprendre, par exemple, que Courtney le menace de divorcer, et que Krist, son plus fidèle et proche ami, quittera Nirvana s’il refuse. Tout ceci est une tentative pour réellement ouvrir une dernière porte de sortie à Kurt, tous ses proches l’aimant de tout leur cœur et faisant tout cela seulement pour son bien. Ce dernier se défend et dit que s’il est toujours en vie à l’heure d’aujourd’hui c’est grâce à la drogue. Dans tout ce discours, Kurt a, lui, peur de perdre pour une deuxième fois les personnes qu’il aime, sa famille, ses amis, ses proches. Il y a chez lui cette peur de l’abandon qui le tétanise car ils ne le comprennent pas et ne le comprendront jamais.

Peut-être en raison du passé et des multiples trahisons qu’il a vécu, il refuse. Il ne suivra pas cette cure : tant pis pour son groupe, tant pis pour son couple, Kurt refuse l’aide de ses proches. Face aux nombreux refus qu’ils reçoivent, ils quittent tous la pièce les larmes aux yeux et le cœur serré. Lui-même dans ses carnets répète qu’il rêverait d’être sobre et qu’il se déteste de ne pas y arriver. La situation va devenir tellement ingérable que même ses dealers vont commencer à s’inquiéter et ne plus lui vendre de la drogue par peur pour sa santé.

Alors dans un moment de détresse, Kurt essaye de récupérer quelques doses de drogue auprès de toxicomanes, passant ses journée dans des squats miteux où ils s’échangent tous leur seringue. Kurt refera une overdose mais cette fois, par peur que la police débarque et trouvent leur repère, les toxicomanes préfèrent laisser Kurt dans un état critique, se convulsant  dans une ruelle. La star mondiale du Punk est seule au bord de la mort, rejetée par l’univers tout entier.

Faux espoir

Le monde entier commence petit à petit à lui tourner le dos. Kurt accepte finalement de faire cette cure de désintoxication. Son meilleur ami, Krist, l’emmène lui-même jusqu’à l’aéroport. Premier problème, Kurt en pleine autoroute tente de se jeter de la voiture, Krist réussissant tant bien que mal à le retenir et à le ramener jusqu’à la porte d’embarcation. Sauf qu’à ce moment-là, une dispute éclate et que les deux amis se battent. Kurt a une peur tellement effroyable d’aller en cure qu’il est prêt à frapper son meilleur ami… Alors que les deux amis sont au sol en train de se déchaîner, Kurt porte un coup très violent au visage de Krist, son ami d’enfance, puis réussit tant bien que mal à s’échapper en hurlant “Fuck you”

Krist s’en va, le cœur brisé, les larmes chaudes coulent sur son visage, le Kurt qu’il a connu, le Kurt de son enfance n’existe plus et n’existera plus jamais. Kurt en rentrant chez lui se rend compte de l’absurdité de ce qu’il vient de se passer, c’est un réel choc émotionnel pour lui, il comprend qu’il est réellement arrivé au point de non retour.

Il sait très bien que la cure de désintoxication est la solution, c’est la dernière solution. Il repense à sa femme, à tout ce qu’elle a sacrifié pour lui, pour eux, lui et sa fille. Kurt décide finalement de la faire mais avant il décide de s’injecter une dernière dose.

30 mars 1994.
Il arrive enfin à Los Angeles et s’enregistre auprès de l’Exodus Recovery Center. Tout se passe bien pendant quelques heures, jusqu’à ce que la nuit il finisse par escalader une barrière de l’hôpital et à s’enfuir vers l’aéroport. Pendant ce court instant, il prend quand même la peine d’appeler sa femme et de lui dire

“No matter what happens, know that I love you.”

Ce sera la dernière fois que Courtney entendra sa voix. Quelques heures plus tard, le centre la contacte pour lui annoncer que Kurt a disparu. Elle contacte très rapidement et sans hésiter la police et un détective privé pour augmenter ses chances de le retrouver au plus vite, avant que quelque chose de très grave n’arrive. La police vient rapidement fouiller chez lui sans vraiment prendre la peine de le chercher, en demandant juste à des ouvriers au loin s’ils ont aperçu Kurt. Et la raison à cela est très logique en fin de compte, car chez Kurt vit à plein temps un homme dénommé Cali, la personne qui a servi de nounou à Frances pendant un temps et qui maintenant surveille la maison. Courtney et la Police ont un raisonnement logique qui consiste à ne pas se concentrer sur la fouille de la maison car si Kurt était rentré à la maison, Cali les aurait prévenus immédiatement. Le problème, c’est que Cali est un aussi gros toxicomane que Kurt, donc alors même qu’il l’a croisé, il a pensé que c’était un mauvais rêve et ne s’est pas soucié réellement de cette silhouette qui risque de disparaître à jamais. Seulement, le lendemain quand il se réveille, il réalise que ce n’était pas un rêve et appelle rapidement Courtney pour la prévenir. Courtney, évidemment furieuse, demande à un proche en qui elle a toute confiance d’aller fouiller la maison. Ce dernier cherche la moindre trace de Kurt dans toutes les pièces mais Kurt n’est pas là. Il oublie néanmoins de fouiller un espace de la propriété, la serre dans le jardin, précisément là où se trouve Kurt muni d’un fusil à pompe, plongé dans le noir obscur d’un petit local. Ce fusil, c’est par son ami qui l’a fait acheter, en faisant croire que des personnes louches rodent autour de chez lui et prétextant qu’il en avait besoin pour se protéger. Lui qui n’avait plus le droit d’avoir des armes chez lui avait trouvé l’ultime solution.

Mais aussi une fin

5 avril 1994.
Tout au long de sa vie, Kurt aura écrit tout ce qui lui passe par la tête dans des carnets : ses idées noires, sa haine envers ce monde qui le rejette et ses desseins qui devenaient de plus en plus morbides au fil des années. Cette fois-ci, il utilise les dernières pages de ce carnet pour dire adieu à ce monde qu’il a autant chéri que détesté. Il s’adresse à son ami parti en guerre, à Boddah, son ami imaginaire. Kurt, à ce moment-là, n’a plus personne à qui se confier à part lui. Il explique dans ce récit qu’il n’a plus eu aucune envie de faire de la musique au cours des dernières années. Lui qui apprécie tant l’humain ne ressent plus que mépris et dégoût envers eux. Il a une peur horrible, qui le tétanise, que sa fille adorée lui ressemble un jour. Cette petite tête blonde qui aime aller vers l’homme et l’enlacer de toute son étreinte, il a peur qu’elle finisse comme lui, misérable, suicidaire et dégoûtée de ce monde. Lui qui n’a plus aucune passion, préfére s’en aller en un éclat. Il signe sa lettre avec ces parole de Neil Young : “It’s better to burn out than to fade away” (Mieux vaut brûler franchement que de s’envoler à petit feu). Il fume quelques cigarettes et boit une canette de bière, mélangée à un cocktail d’héroïne bien chargé. Il pose à meme le sol sa lettre de suicide et continue à ecrire : “S’il te plaît Courtney, continue pour Frances, sa vie sera bien meilleure sans moi. Je vous aime, je vous aime”. Il dépose sa lettre dans un pot de fleur et regarde une dernière fois l’horizon de la ville. Un instant plus tard, Kurt dépose le canon du fusil à pompe dans sa bouche, prend une dernière respiration et presse la détente.

Kurt avait 27 ans. Lui qui avait peur de ne pas être un enfant modèle pour son père, aura été sauvé par la musique. Mais la honte le rattrapera où qu’il aille. La honte d’être un groupe populaire, la honte d’être un père toxicomane, puis la honte de voir ses propres proches s’en inquiéter. Toute sa vie, Kurt a tout essayé pour ne pas être mis dans une case et c’est peut être aussi cela qui l’aura tué. La honte de ne pas avoir réussi à être la personne qu’il aurait voulu être.

8 avril 1994.
Très rapidement, cette nouvelle bouleverse tout le monde et traverse tous les médias du monde entier. Le choc de voir Kurt, seulement âgé de 27 ans, mourir aussi rapidement marque nombre de générations. Un deuil collectif a lieu le lendemain dans un parc d’attraction où plus de 7000 personnes se retrouvent pour commémorer la mémoire de Kurt une dernière fois. Courtney y lira certains passages de la lettre, où elle explique que c’est Kurt qui l’avait écrit pour eux, ses fans.

“I simply love people too much, so much that it makes me feel too fucking sad.” (J’aime simplement trop les gens au point où cela me fait me sentir terriblement triste.)

“Thank you all from the pit of my burning, nauseous stomach for your letters and concern during the past years.” (Je vous remercie tous du fond de mon estomac brûlant et nauséeux pour vos lettres et votre sollicitude au cours de ces dernières années.)

“I’m too much of an erratic, moody baby! I don’t have the passion anymore, and so remember, it’s better to burn out than to fade away. (Je suis trop erratique et lunatique ? Je n’ai plus de passion et je me souviens que mieux vaut brûler franchement que de s’envoler à petit feu.)

“Peace, love, empathy. Kurt Cobain” (Paix, amour, empathie: Kurt Cobain)

Lui qui se disait tant différent de son père, finira lui aussi par abandonner son enfant. Une seule chose à retenir : sa mémoire, son art, ses musiques continuent de vivre. Mais c’est peut être la dernière touche d’espoir que Kurt cherchait désespérément à atteindre : faire passer un message, son message, avant d’être consommé entièrement par ses démences. Même s’il avait perdu toute confiance en l’homme, il n’a jamais arrêté d’être animé par ses idées et celles-ci vivent encore et toujours au travers de ses musiques.

Kurt Cobain (1967-1994)


Pour aller plus loin :

Mise en page par Fergan Öztürk

Azra Tuncer
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