L’Euro depuis les 20 dernières années

L’Euro, la monnaie de l’Union Européenne (UE), est la première monnaie unique à l’échelle mondiale. Mise en place le 1er janvier 2002, elle fête ses 20 ans cette année. Depuis, la monnaie unique a eu des effets contrastés pour l’Europe. 

Le 1er janvier 1999 est créé l’euro, la monnaie unique commune à onze pays : Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas et Portugal. Dans les années qui suivent, ces pays sont rejoints par huit autres nations : Grèce en 2001, Slovénie en 2007, Chypre et Malte en 2008, Slovaquie en 2009, Estonie en 2011, Lettonie en 2014 et Lituanie en 2015. Et bientôt la Croatie au 1er janvier 2023 (ce pays rejoint aussi à cette occasion l’espace dit « Schengen » de libre circulation des personnes). 

Qu’est ce que l’euro et la monnaie unique ? 

Une monnaie unique est une monnaie partagée par plusieurs États et qui remplace les monnaies nationales. La monnaie unique d’une zone économique et monétaire est gérée par la banque centrale (dans ce cas, la Banque Centrale Européenne -BCE- qui siège en Allemagne) de cette zone. Elle remplace les monnaies nationales, d’état ou locales. Les transactions internes à la zone se font à l’aide de cette monnaie unique.

Quel était l’objectif de la monnaie unique ?

À partir de la fin des années 1960, la décision de créer une Union économique et monétaire (UEM) était un thème récurrent dans les discussions de l’UE. La base de l’UEM est la coordination des politiques économiques et budgétaires, la mise en œuvre d’une politique monétaire commune et l’utilisation de la monnaie unique, l’euro. Une monnaie unique offre de nombreux avantages, comme faciliter le commerce transfrontalier entre les entreprises, améliorer l’efficacité économique et offrir aux consommateurs plus de choix et d’opportunités. 

Nous reconnaissons rarement les véritables racines de la décision de créer la monnaie commune. Au moment de la réunification de l’Allemagne en 1990, François Mitterrand, alors président de la République française, craignait que le pouvoir allemand ne grandisse. Il pensait que convaincre le pays d’abandonner sa monnaie, le deutsche mark, suffirait pour éviter une Europe allemande. Le chancelier de l’époque, Helmut Kohl, a cédé et a considéré l’euro comme le prix ultime d’une Allemagne unifiée. 

Ils avaient tous les deux tort. L’euro n’a pas pu empêcher l’émergence d’une nouvelle puissance allemande. Mais les Allemands sont également tombés dans le piège de l’euro « trop beau pour être vrai ». L’inclusion des économies du sud de l’Europe dans la zone euro a conduit à un taux de change suffisamment faible pour permettre aux Allemands de devenir la plus grande machine d’exportation de l’UE et devenir la quatrième puissance économique et commerciale à l’échelle mondiale. Cette opportunité inespérée les a rendus complaisants. Ils ont négligé d’améliorer leur infrastructure ou d’investir suffisamment dans les industries futures. Ils ont raté la révolution numérique, mal calculé l’émergence de la Chine et n’ont pas réussi à créer des entreprises mondiales paneuropéennes. Dans le même temps, des sociétés allemandes comme Allianz, Deutsche Bank et Bayer ont lancé des efforts infructueux pour conquérir Wall Street et les États-Unis. 

Alexandre Lamfalussy, économiste d’origine hongroise, fondateur et président de l’Institut monétaire européen (qui jeta les bases de la Banque centrale européenne), connu pour avoir été l’un des pères de l’euro et qui participa activement au processus d’unification monétaire et financière de l’Europe, a eu raison de dire qu’une monnaie commune était nécessaire pour renforcer le lien entre les puissances européennes et défendre l’UE contre les Soviétiques. Il n’y avait qu’un seul problème : la décision finale de créer l’euro a été prise à Maastricht en 1992, au moment de l’effondrement de l’Union soviétique. La raison d’être de la monnaie a ainsi pris fin précisément au moment de sa naissance.


Quels avantages apporte la monnaie commune ? 

Les vingt premières années de l’euro ont permis d’établir une distance afin de faire un récapitulatif de cette monnaie unique, bien accueillie par les habitants et les entreprises, mais qui a laissé les économistes sur leurs gardes. Ses intérêts sont bien établis : l’euro et son bras armé, la Banque centrale européenne (BCE), ont mis fin à des décennies de dévaluations compétitives de devises nationales totalement dépendantes de l’Allemagne et du Deutsche Mark. Elle ouvre de nombreux avantages aux particuliers, aux entreprises et aux économies des pays qui l’utilisent, notamment la facilité avec laquelle les prix peuvent être comparés d’un pays à l’autre, ce qui stimule la concurrence entre les entreprises, profitant ainsi aux consommateurs ; la stabilité des prix, il est plus facile, moins cher et plus sûr pour les entreprises d’acheter et de vendre à l’intérieur de la zone euro et de faire des affaires avec le reste du monde ; une stabilité et une croissance économiques plus fortes ; des marchés financiers mieux intégrés et, partant, plus efficaces ; une plus grande influence sur l’économie mondiale ; un signe tangible de l’identité européenne. 

Collage original de Zeliha Aktepe. DR.

Il n’en demeure pas moins que les pays de la zone euro perdent le contrôle de leur politique de taux d’intérêt au profit de la BCE : leur politique monétaire unique répondant à des réalités économiques différentes et incohérentes, il faut s’adapter à la position de chaque pays dans le cycle économique. 

La finalité de l’euro 

« Nous devons admettre que l’euro était une erreur » : le gouverneur de la banque centrale hongroise demande désormais la création d’un mécanisme spécifique de sortie de l’euro (actuellement, il faut quitter l’UE pour cela). De loin, le plus grand inconvénient de l’euro est une politique monétaire unique qui souvent ne correspond pas aux conditions économiques locales. Il est courant que certaines parties de l’UE soient prospères, avec une croissance élevée et un faible taux de chômage. En revanche, d’autres souffrent de ralentissements économiques prolongés et d’un taux de chômage élevé, comme la France, l’Italie et la Grèce. 

Mais pourquoi ce déséquilibre ? Premièrement, avec les règles de fonctionnement qui y sont en vigueur et la flexibilité réduite qui la caractérise, la zone euro ne pourrait fonctionner que si tous les pays étaient parfaitement homogènes et répondaient de manière identique aux chocs extérieurs. Cela n’est évidemment pas le cas et ne peut pas l’être. La zone euro réunit des économies qui étaient hétérogènes en 1999, et qui le sont restées. Son fonctionnement a renforcé cette hétérogénéité. Contrairement à tous les espoirs, loin de rapprocher les économies des pays membres, l’euro induit plutôt un mécanisme qui favorise leur divergence. La création d’une monnaie unique a répondu à une volonté politique de renforcement de l’intégration européenne, sans que rien n’ait été prévu pour remédier aux déséquilibres entre pays membres. Des États indépendants sur le plan monétaire peuvent recourir à un ajustement de leur taux de change pour réduire un déséquilibre.

L’absence de mécanismes de rééquilibrage fait plus qu’empêcher les économies de s’adapter aux différences avec leurs partenaires. Cela rend également difficile la gestion de la perte de confiance dans les marchés financiers. Dans un pays autonome d’un point de vue monétaire, la fuite des capitaux entraîne une dévaluation du taux de change. L’équilibre extérieur tend alors à se rétablir et la confiance à revenir. Au contraire, dans les pays faisant partie de l’union monétaire, la perte de confiance entraîne une hausse des taux d’intérêt, rendant le financement par endettement plus problématique et amplifiant la perte de confiance. 

Illustration de couverture par Zeliha Aktepe
Mise en page de Eren Koseoglu

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