Jeudi 9 mai, les élèves de seconde ont eu la chance de rencontrer Gilles Bœuf, un éminent biologiste marin et professeur français au cours d’une conférence suivie d’une séance de questions/réponses. Crescendo a ensuite poursuivi l’échange par un entretien au long cours avec un invité tout simplement passionnant !
Première partie sur son parcours, l’évolution de la recherche et la perception des problématiques environnementales.
Chercheur biologiste, professeur d’université, Gilles Bœuf a également été président du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris parmi ses très nombreuses fonctions et activités. Invité en Turquie pour des conférences par l’Institut français de Turquie, il a également tenu à venir à la rencontre des élèves de seconde de Pierre Loti.

Sa conférence (suivie de celle sur la médiation scientifique de Françoise Fournié de Cap Sciences Bordeaux) s’est déroulée dans la salle Camille Bergeaud. Elle avait pour thème « L’humain dans le vivant » et a couvert une large gamme de sujets très intéressants : Monsieur Boeuf a parlé de la biodiversité marine, soulignant l’importance de la préservation des écosystèmes océaniques. Il a également abordé les particularités de la Méditerranée et les défis environnementaux spécifiques à cette région.
Un autre sujet central de la conférence était l’égalité des sexes : Monsieur Bœuf a notamment expliqué à quel point il avait constaté que le nombre de femmes dans les filières scientifiques était strictement inférieur à celui des hommes, tout en encourageant les jeunes filles a ne pas avoir peur de se lancer dans son domaine.


Enfin, il a exploré les relations complexes entre les humains et les animaux, mettant en lumière les interactions et les interdépendances qui existent entre toutes les formes de vie sur notre planète. La conférence s’est conclue par une session d’échanges avec le public, où les élèves ont pu poser des questions et discuter avec lui de certains sujets en lien avec les thèmes abordés.
Nous avons ensuite poursuivi la rencontre par une interview réalisée à deux voix dont voici la 1ère partie.
[2ème partie à découvrir ici]
[3ème partie à découvrir ici]
Tout d’abord, pourriez-vous évoquer votre parcours ? Quelle a été votre formation ? Et avant toute chose, qu’est-ce qui vous a donné envie de mieux connaître et préserver l’environnement dans votre famille ?
J’étais tout petit. J’avais 8 ans. Moi, je suis de famille très modeste. Mon papa était un maçon portugais. Et en fait à la maison, tout petit, j’avais les neurones qui marchaient bien. J’allais très vite, plus vite que les autres. Je ne travaillais pas à l’école, mais j’étais toujours le premier. Ça aide quand même ce genre de choses. Jusqu’en première. Après, il faut travailler un peu pour réussir.
A l’université, je voulais faire de la biologie, être médecin. Je voulais travailler tout de suite. Et je suis rentré dans une clinique professionnelle. À l’époque, j’étais d’une génération où un bon étudiant avait du travail tout de suite. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Mais dans les années 70, si tu étais bon, tu avais du travail. Je n’avais pas encore fini mon doctorat. Maintenant, il faudrait avait fait une thèse et un post-doctorat aux Etats-Unis. Ça a beaucoup changé. C’est plus compliqué. A l’époque, on n’était pas inquiets pour notre avenir. Ça change par rapport aux jeunes d’aujourd’hui. Ils se disent : même si je réussis, qu’est-ce qui va se passer ?
J’ai commencé en médecine mais, intéressé par la biologie, j’ai ensuite fait de la physiologie environnementale [à la station de biologie marine d’Arcachon]. Puis j’ai passé 18 ans à travailler sur les migrations des saumons pour un centre de recherche en France, mais aussi beaucoup à l’étranger. Je suis parti 4 années au Chili : on avait introduit des saumons de l’hémisphère nord, du Canada et de la Norvège, au Chili. C’est très pratique : ces saumons pondent de gros œufs un peu avant Noël en Europe et ne vivent que dans l’hémisphère nord. Après, ils vont grandir en mer. Or, on peut transporter ces œufs : on les met dans un avion, ils partent de Norvège vers le Chili. L’œuf de saumon s’attend à avoir de l’eau froide ; on est un petit peu avant Noël ; les jours vont commencer à allonger. Ils arrivent au Chili : l’eau est chaude et les jours diminuent. Ils vont très bien survivre : l’eau est chaude mais ils ne vont jamais être capable de passer en mer. Je vais alors travailler dessus, sur des manipulations de la lumière, en faisant chauffer et refroidir la température. Ça marche pour 4 mètres cubes, pas pour des élevages. J’essaye avec des jours très très courts : par exemple, je mettais des durées de jours de 20 heures de nuit, 14 heures de jour ; et tous les jours, j’augmentais de 3 minutes l’aube du jour. Et ça les a métamorphosés : ils étaient capables d’aller en mer.
J’ai fait de l’enseignement. J’aimais beaucoup ça. Moi j’étais fait pour être un prof d’université : j’adore raconter des histoires. Je suis aussi parti au Collège de France. Il y a une histoire assez marrante à propos de l’histoire du Collège de France créé par le roi François Ier. Quand je suis élu professeur au collège de France, on me dit que les réunions des professeurs se déroulent le dimanche. Je demande : pourquoi le dimanche ? Parce qu’à l’époque, à la Sorbonne, il y avait des cours de théologie, donc de religion. Et pour que les profs du Collège de France n’aillent pas à la messe, on avait des réunions le dimanche. Et ça dure depuis 5 siècles… C’est magique l’histoire comme ça. Il faut le raconter parce que cela fait partie de la vie aussi. Au collège de France c’est l’endroit où tu peux le mieux dire ce que tu as envie de dire dans mon domaine. Donc moi c’était développement durable, environnement, recherche et société. J’avais une chaire qui marchait très bien et j’aimais beaucoup.
Au départ, j’étais un pur spécialiste de science dure. À 30 ans, j’étais le meilleur spécialiste du mode de croissance du cerveau des saumons. J’étais payé pour faire ça. Et puis le temps passant, je me suis dit un jour : bon j’arrête ça. Et je découvre en 2000 le prix Nobel de chimie Paul Josef Crutzen qui a inventé le terme d’anthropocène, l’époque de la terre pendant laquelle le plus puissant moment de changement est l’humain. Qu’est-ce qu’il raconte ? Moi je travaillais avant sur l’environnement du jour, je travaillais sur l’oxygène, je travaillais sur la température de l’eau, sur le sel de l’océan. C’est ça qui a façonné la vie. Puis je vois le rôle de l’humain. Alors je lis tout ce qui paraît sur le sujet et je comprends que l’humain n’est pas tout seul : il est avec 30 milliards de poules, 400 000 cochons, avec 1,3 milliards de vaches. Quelle est l’importance de la vache, quel est celle de l’humain ? Il faut bien voir ça un peu. Et ça a tout changé, je bascule tout et je change ma vie : je migre de Brest à Banyuls-sur-Mer, du pays breton au pays catalan. Il y a d’ailleurs beaucoup de migrations dans ce sens là, jamais dans l’autre sens : On ne revient pas après Banyuls en Bretagne. Donc je suis passé à ça : j’ai travaillé en recherche fondamentale.
Et puis après, j’ai pris la présidence du Muséum. Parce qu’en France, il faut faire une carrière. Je n’en avais pas très envie. J’aime pas ça, mais je l’ai fait parce que comme ça j’ai pu faire ce que j’avais envie de faire, ne dépendre de personne ensuite. Vous connaissez le Muséum national d’histoire naturelle, le Jardin des plantes ? C’est un très grand musée d’histoire naturelle : c’est 71 millions d’objets à Paris. Il n’y a que 3 musées comme ça au monde : le Smithsonian à Washington qui est le plus grand musée du monde d’histoire naturelle ; et après, deux à égalité, Londres et Paris. Le Muséum est très ancien : il a été créé en 1630 par le médecin du roi Louis XIII.
Et puis maintenant je préside le Ceebios qui est un centre d’étude sur le biomimétisme : aller chercher dans le vivant des inspirations pour faire de nouvelles technologies. C’est une SCIC, une association entre le monde de la recherche fondamentale et le monde de l’entreprise. Les grands groupes comme Sango, L’Oréal, Renault, Clarins sont avec nous. Et on fait de la recherche pour qu’ils changent leur technologie avec des choses que le vivant aurait fait. Mettons qu’il t’arrive demain un problème. Alors on va te dire : je fais comme ça en mettant du pétrole. Mais comment auraient fait les vivants à ma place ? Et ça c’est super génial et ça marche bien. Et puis je préside aussi une réserve naturelle qui est en train de se faire depuis 20 ans dans les Pyrénées, première réserve naturelle en France, classée au patrimoine mondial de l’humanité : la forêt de la Massane.
Vous avez aussi des sites naturels classés ici en Turquie, et c’est super important. C’est l’endroit en Europe où il y a le plus d’espèces ramenées à la surface, et ceci pour deux raisons : c’est un site exceptionnel, mais surtout on n’a jamais autant travaillé là, ce qui veut dire qu’on connaît beaucoup plus d’espèces, ce qui est en fait le cas de la Méditerranée. Pourquoi il y a plus d’espèces en Méditerranée connues que dans la mer des Caraïbes ? Je suis sûr qu’il y en a plus là-bas, mais on n’a jamais travaillé autant qu’en Méditerranée. Depuis que l’homme existe, il travaille ici. La Turquie a été en particulier un lieu de domestication de beaucoup de choses, de plantes et d’animaux. Donc voilà je fais ça. Je continue.

D’après vous, quelles sont les qualités requises pour être chercheur en biologie ? Et pour être conseiller scientifique auprès de politiques ? Et aussi quelles sont les grandes difficultés que vous pouvez observer dans ces deux métiers ?
Je vais vous surprendre, mais c’est d’abord la curiosité. Les religions ont dit aux femmes que la curiosité est un vilain défaut. Dire cela à une petite fille, c’est monstrueux. Peut-être qu’elle est curieuse, je ne sais pas. Moi, j’ai une petite fille qui me demandait pourquoi tout le temps. Pourquoi les pommes sont rouges ? Pourquoi ça s’écrit comme ça ? Il faut être curieux. Ensuite, il faut être tenace, ne pas se laisser faire, mais pas dans la violence.
Il faut aussi ne jamais se persuader qu’on a raison tout le temps, mais se baser sur la science, sur la méthode scientifique. C’est important au niveau de la documentation. Quand tu as prouvé quelque chose, tu le soumets aux autres : tu es humble, tu te laisses corriger par d’autres, évaluer par d’autres. Un type comme Claude Allègre, ministre à l’époque, n’a jamais fait ça. Il disait des bêtises et ne s’est jamais soumis à une évaluation par d’autres. Le chercheur doit être humble. Il faut de l’humilité. Il faut également être prévoyant. Tous les jours, il faut être curieux, prévoyant, humble et pas cupide. Il ne faut pas être dans la cité où tu veux toujours plus.
Il y a aussi le travail. On ne peut pas réussir dans quoi que ce soit sans travailler, mais en aimant son travail : moi depuis tout le temps, je travaille. Tous les matins, je suis debout à trois heures. Entre trois et cinq, j’écris mes papiers, je prépare mes conférences. Ça ne me coûte pas du tout. Maintenant, je suis en retraite mais je travaille plus qu’avant. J’ai plus de vacances, c’est la seule différence, et je peux être chez moi avec ma famille, ce qui me fait plaisir. Tant que mes neurones fonctionnent, je partage, je donne, on échange, sans aucune contrepartie, si ce n’est le plaisir d’être avec vous. C’est important aussi. J’attends de vous aussi qu’on échange un peu.
Toutes ces qualités-là, c’est super important : la curiosité, la ténacité, la pugnacité, mais dans la fermeté. Tu veux quelque chose, tu fais ce qu’il faut pour. Par exemple, récemment, je défends les anguilles qui disparaissent. Le ministère fait n’importe quoi en augmentant les taux de tonnage de pêche. Alors, je vais voir mes amis cuisiniers, des très grands chefs. En deux jours, 3000 cuisiniers ne servent plus d’anguilles dans leur restaurant. J’ai gagné. Ça fout des gens en rogne, mais on a gagné là-dessus. J’ai pris les armes que j’avais, il faut utiliser ça comme ça : ténacité, pugnacité, envie de faire, tout ça dans l’humilité, c’est super important. Il faut aussi dire que l’amour partagé est ce qui est le plus sympa franchement quand même. Sinon, c’est triste.

Comment voyez-vous l’avenir de la vie et le futur de la recherche en biodiversité et en écologie marine ?
L’avenir de la vie et le futur de la recherche en biodiversité et en écologie marine sont étroitement liés à un changement de paradigme vers une approche transversale. Il ne s’agit plus seulement de se concentrer sur des disciplines scientifiques isolées telles que les mathématiques, la chimie ou la biologie, mais plutôt de reconnaître l’interconnexion complexe entre les systèmes naturels, humains et sociaux. Pour relever les défis environnementaux actuels, nous devons intégrer des disciplines telles que la géographie, la sociologie, l’économie et même la philosophie. L’humain est au cœur de ces enjeux, et pour progresser, nous devons transcender les frontières disciplinaires et nationales, en unissant nos connaissances et nos efforts. Cela nécessitera un changement fondamental dans la manière dont nous menons la recherche et prenons des décisions politiques, en adoptant une approche holistique qui reconnaît l’interdépendance de tous les aspects de notre planète.
En tant que professeur, comment évoluent vos champs de recherche ? Attirent-t-ils plus ou moins d’étudiants, par exemple ?
De plus en plus de mes étudiants ne sont pas que des biologistes. Au départ, moi je suis prof en fac de médecine, dans les écoles vétérinaires, puis en écologie, en fac de science. Maintenant, il y a plein de gens qui me réclament. Sciences Po, franchement, entre nous, il y a 10 ans, jamais ils n’auraient invité un écologue. C’était que des sciences qui empêchaient de tourner en rond, à l’époque. Terrible, hein ? Et maintenant, les jeunes, mais ils adorent. Et après, je forme des gens comme Camille Etienne, des révolutionnaires comme ça. J’étais, il y a quelque temps, avec Camille Etienne et Jean Jouzel, l’homme du climat, avec la Confédération Paysanne, place de la République à Paris, qui est le lieu de départ des manifestations en France. Ce sont des paysans qui ne mettent pas de pesticides sur leur champ. Génial ! Et là, on se sent utile quelque part, pour créer une philosophie différente.
Donc je vais désormais dans des écoles où je ne serais jamais allé. L’école de la magistrature, jamais j’aurais imaginé. Et maintenant, les juges me disent : tu viens. Et je fais deux semaines de cours introductifs pour suivre les délits environnementaux. Parce qu’auparavant, le procureur de Perpignan me racontait qu’il y avait un type qui faisait du quad dans ma forêt, qui y mettait le feu et qui ne risquait rien. Mais là, maintenant ça vient. Le type, maintenant, il est vraiment condamné. Ou alors quand quelqu’un pêche des anguilles, ou qu’il pêche des saumons, alors que c’est interdit. Donc ça, c’est important aussi cette évolution.

Les médecins maintenant se rendent compte, effectivement, qu’une grande partie de ce qu’ils ont à traiter vient du monde microbien qui est autour de nous et dans nous. Et ça, c’est également important. Parce qu’en France, on est une médecine particulière : on traite des gens malades. Or, la vraie médecine, pour moi, c’est d’empêcher les gens d’être malades. Et on ne forme pas nos jeunes pour faire ça. Les vétérinaires, pareil : ils mettent des antibiotiques partout, c’est un problème dramatique. Je leur dis : vous avez vu le nombre de chats ici ? Stérilisez vos chats : ils me bouffent tous mes oiseaux. Donc c’est tout ça qu’il faut faire en permanence. Vous voyez que ça, on ne l’apprend généralement pas à l’école. Mais ces nouveaux étudiants-là sont habitués à ce genre de discours. Donc oui, j’ai de plus en plus d’étudiants intéressés qui ne sont pas biologistes. Et ça, ça me plaît beaucoup.
Pourriez-vous partager avec nous une expérience ou un moment marquant de votre carrière qui vous a particulièrement inspiré ou motivé dans votre engagement pour la préservation de l’environnement ?
Tout à l’heure, je vous l’ai raconté : c’est le livre de Paul Crutzen. Paul Crutzen, c’est un chimiste qui a reçu le prix Nobel en 1995 pour avoir découvert le trou dans la couche d’ozone. Il nous rappelle un trou qui fait qu’on prenait des coups de soleil pas possibles dans l’hémisphère sud et qu’on a détruit ces quelques millénaires. On a détruit la protection de la Terre contre les ultraviolets, ce qui a donné un énorme trou tout d’un coup. Et il est produit par quoi ? Les gazs destructeurs d’ozone (CFC) des mousses à raser et des machins comme ça. C’est là que l’humain… Excusez le terme : on dit con en français. C’est trop bête en fait. Il faut le dire, des fois quand c’est comme ça. Brassens le disait souvent. C’est ça. Et donc Paul Crutzen révèle ça. Quand on s’est rendu compte, on a fait un accord : le protocole de Montréal. Et on rebouche ce trou. Donc je lis ça et je me dis : mais, qu’est-ce qu’il raconte là ? Et c’est là que je lis tout ce qui a été écrit là-dessus. Et ça m’ouvre ma vie.
Je laisse mes hormones, mon rôle de médecin, de vétérinaire. Et je passe effectivement à l’environnement. Et c’est parce que je commence à écrire et à faire des conférences que ça attire du monde. Donc le Muséum de Paris m’appelle pour être président du conseil scientifique. Et le Collège de France m’appelle pour une chaire là-dessus. Autrement, je n’aurais jamais été là. Et puis ça me plaît bien, ça marche. Ce que je dis a de l’impact. Je fais des télé et des radios sans arrêt. Je vais dans des entreprises privées aussi. Ça, ça a manqué au début. Le problème de la recherche française, c’est qu’il n’y a pas cette relation entre la recherche officielle des universités et les entreprises. Mais je ne veux pas non plus d’une recherche qui serait dirigée par l’argent.
Je ne travaille pas que sur des résolutions de problèmes. Il faut laisser la paix aux chercheurs pour être à l’avant-garde. C’est ce qui manque souvent. Je rejoins en cela un ami qui a eu le prix Nobel de physique, Albert Fert. Albert a son prix Nobel en 88 : il travaille sur des électrons, et puis un jour, il produit des couches ultra fines de semi-conducteur, il met du courant électrique là-dedans et découvre un comportement des électrons que personne n’avait imaginé. Et tous nos écrans de télé sont inspirés de ça aujourd’hui, en fait. Donc, ça, aucune boîte privée n’aurait fait ça. Donc, il faut que les Etats continuent à financer une recherche fondamentale.
Donc, il y a eu un bouleversement dans ma vie. J’ai migré : c’est pas évident, j’avais 48 ans. Je change de Brest à la Méditerranée. En plus, à Roscoff, quand tu veux avoir des animaux marins, t’attends la marée basse, tu veux les ramasser à marée basse. Si je fais ça à Banyuls, je vais jamais avoir de marée basse. Donc, il faut plonger, tu vois. Et tout se fait en plongée effectivement. C’est intéressant. Donc, ma vie va être bouleversée à ce moment-là. Il faut le courage de le faire. Mais, pas tous les jours : une fois dans sa vie, c’est bien de faire ça. Ça t’ouvre. Je rencontre des gens nouveaux. Si je suis là, c’est grâce à tout ça. Le Collège de France m’a amené dans les ambassades. J’ai dû faire 60 pays différents. Lorsque je suis invité par l’Ambassade de France dans un pays pour rencontrer les universitaires, je tiens également à faire une conférence au lycée français, parce que je trouve ça super important.
Que ce soit à Caracas, à Pékin, à Buenos Aires, à Santiago du Chili, aux États-Unis, en Angleterre, en Australie, même en Afrique, à Kampala, c’est chouette parce que tous ces pays ont des problèmes qui ne sont pas les nôtres, mais des connaissances géniales aussi. Ils travaillent par exemple sur les chimpanzés qui se soignent quand ils sont malades, qui connaissent des plantes que les sorciers, les chamans ne connaissent pas toujours. Et nous on découvre là-dedans des substances incroyables pour la pharmacie. Les chimpanzés ne meurent pas du paludisme. Nous si. Il faut de l’humilité pour ça. Se dire qu’ils ne sont pas stupides.
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