« MAID » une mini série sur la condition des femmes battues ?

NDLR : Article d'archive remis en ligne (cf. Crescendo no.7, Mai 2022 "La France à Istanbul, une présence durable")

MAID est une mini-série américaine diffusée le 1er octobre 2021 sur Netflix. Créée par Molly Smith Metzler, cette même scénariste qui a créé Orange is the new black et Shameless, cette série compte aujourd’hui plus de 67 millions de visionnages, ce qui établit un nouveau record dans l’univers des mini-séries. Molly Smith Metzler adapte dans cette série le best-seller autobiographique de Stéphanie Land. 

C’est l’histoire d’une jeune mère de 25 ans, Alex, qui se retrouve seule et sans argent après avoir quitté son petit ami violent. Elle est hantée par cette relation malsaine et décide de fuir en pleine nuit avec sa fille et seulement 18$ en poche. Ses parents ne pouvant pas la soutenir financièrement, elle décide de demander de l’aide auprès d’une assistante sociale. Cette visite s’avère un échec : les nombreuses aides proposées, elle ne peut y prétendre puisqu’elle n’a pas d’appartement et ne peut louer un appartement sans donner une preuve qu’elle est employée. Elle enchaîne, de ce fait, les mésaventures et accepte un job sous-payé de femme de ménage pour subvenir aux besoins de sa fille. Pendant ce temps-là, Sean, l’ex petit ami d’Alex et père de Maddie, fera tout pour récupérer sa fille et demandera la garde complète de celle-ci, qu’il obtiendra par la suite, Alex ayant toujours une situation précaire. Cette nouvelle ne fera qu’aggraver la situation d’Alex puisque ces événements la feront remettre ses choix en question : a-t-elle bien fait de quitter sa maison et le père de Maddie ? Elle ne sera pas non plus aidée par la remontée de traumatismes d’enfances depuis longtemps oubliés et enfouis en elle. Elle choisira de se loger dans un refuge pour violence familiale mais ne s’y sentira pas légitime car elle n’a jamais été battue physiquement. Elle ne comprend donc pas encore la gravité de la violence morale. Désormais, le parcours d’Alex sera encore semé d’embûches avant d’arriver à son objectif, à savoir, aller étudier à L’Université du Montana à Missoula, où elle avait déjà été acceptée auparavant, avec Maddie. A travers le miroir que lui renvoie sa mère (la propre mère de l’actrice dans la vraie vie) et celui des femmes abusées qu’elle rencontre, Alex comprend mieux ce qui lui est arrivé et livre une bataille sans fin pour enfin s’émanciper. 

Cette mini-série est devenue célèbre peu de temps après sa sortie, puisqu’elle a autant touché la presse que le public. Le Hollywood Reporter l’a décrite comme étant « un drame écrit avec sensibilité et superbement exécuté, qui décèle de l’humanité même lors des jours les plus froids et vous garde accroché jusqu’aux toutes dernières minutes. » En effet, cette série dépeint de manière très précise le parcours du combattant de ces femmes qui essaient de s’en sortir par tous les moyens. Elle parle à la fois de violences psychologiques au sein d’un couple mais montre également la difficulté de certaines femmes à se considérer comme des victimes lorsqu’elles n’ont reçu aucun coup. C’est à travers le personnage d’Alex que nous nous rendons compte des difficultés que ces femmes traversent chaque jour. On peut facilement s’identifier au personnage d’Alex et l’on ressent également une certaine pitié et beaucoup d’admiration à son encontre puisque que le sort semble s’acharner sur elle étant donné qu’elle n’a aucun moment de répit. En effet, elle jongle constamment entre le fait de garder un emploi et un logement stable pour Maddie, d’essayer de se reconstruire, et de lutter enfin contre ses propres démons. 

On peut également noter que cette série a pour but de faire réfléchir sur la condition de ces femmes dépossédées d’elles-mêmes par un partenaire jaloux et possessif qui les écrase ou abuse d’elles. La série retrace la crise identitaire de toutes ces femmes, le processus de négation de soi au sein de leur couple où l’homme se sert de sa femme comme d’un objet, et ne lui laisse même pas de temps pour penser à elle ou agir comme un sujet. Un détail particulièrement frappant de cet oubli de soi, est qu’à un moment lorsqu’une femme au refuge lui demande sa couleur préférée pour l’aider à choisir des vêtements, Alex peut à peine la nommer car elle-même ne le sait plus. On constate donc que l’absence d’argent n’est pas le vrai problème, puisque le réel problème est la dépendance totale de ces femmes sur leur conjoint / petit ami abusif qui les oblige à couper tous les ponts avec l’extérieur pour mieux les contrôler. En effet, dans la série on remarque que toutes ces femmes sont dépourvues de tous moyens de communiquer avec les autres, d’amis, de projets, d’argent, de compte en banque, de voiture … En quelque sorte, l’argent est juste un outil pour les aider à s’émanciper.  Elles n’ont, de ce fait, aucun moyen de se défaire de cette emprise malsaine. Mais c’est à ce moment-là que la série délivre un message d’espoir, Alex a beau être brisée, elle commence tout de même une reconstruction d’elle-même, ce que n’a pas réussi à faire un grand nombre de femmes, y compris sa mère. Ce que nous confime, par ailleurs, la propriétaire du refuge, puisqu’elle affirme que chaque femme revient en moyenne 4 fois vers cette relation malsaine avant de s’en émanciper totalement. Si Alex aurait pu être aidée dans sa reconstruction, par son nouvel ami, Nate, qui lui prête sa voiture et sa maison afin qu’elle ait un lieu où dormir, elle ne sera pourtant pas « sauvée » par un homme. Elle ne pourra s’en sortir qu’en se battant pour se chercher et se reconstruire Molly Smith Metzler a donc décidé de laisser Alex œuvrer seule pour se sortir de ces différentes mésaventures.

Ce que la série MAID fait très bien aussi, c’est de décrire comment les malheurs ont tendance à s’enchaîner et de fait s’aggraver les uns après les autres lorsqu’il n’y pas assez d’argent pour contrebalancer. Effectivement, on remarque qu’Alex ne sait jamais avec exactitude combien de sous elle a en poche, et MAID nous permet d’accéder à sa pensée et à son état d’esprit en modélisant un décompte pop-up de ses dépenses et de ses revenus. Cela nous aide à réaliser ce que représente l’argent pour les personnes en difficultés, un dollar dépensé pour le gaz signifie un dollar de moins pour la nourriture, et comment certains détails “mineurs” comme travailler une demi-journée au lieu d’une journée complète peuvent rendre sa vie incontrôlable. Mais l’argent ne peut pas tout résoudre : c’est ce dont se rendra compte Alex en apercevant certains moments de la vie privée de ses clients fortunés. En effet, elle s’apercevra bien rapidement que les occupants des maisons qu’elle nettoie ne sont pas forcément plus heureux qu’elle.

Clémence Cadot
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