La cartographie des controverses : aller au-delà du pour et du contre

Le 8 février, les élèves de Spécialité HGGSP et HLP de Terminale ont confronté leurs points de vues dans un débat passionné grâce à la méthode de la « cartographie des controverses ». Des échanges de haute volée pour une exploration en profondeur de la complexité des enjeux sociologiques, scientifiques et techniques de notre monde…

Parlons d’abord de ce qu’est la cartographie des controverses. Inventée en 2006 par Bruno Latour et ensuite développée par Thomas Venturini à Sciences Po, la cartographie des controverses est un ensemble de techniques qui visent à explorer, étudier, visualiser différentes controverses. 

Une controverse est une situation de conflit qui oppose plusieurs acteurs de différente nature qui défendent tous plus ou moins des opinions différentes. On y traite différents enjeux menant à un débat qui réunit des connaissances scientifiques, politiques, morales… Cependant on ne cherche pas qui a tort ou qui a raison. Au contraire l’objectif est d’amener des nuances qui dépassent la simple opposition “pour ou contre”. Ceci mène à comprendre pourquoi apporter une réponse à des enjeux si complexes est compliqué. 

Il va donc de soi que la cartographie des controverses n’aboutit pas à des présentations de solutions. En cartographiant les controverses, on liste les arguments des différents acteurs tout en essayant de créer une bonne argumentation documentée et pertinente. Ce qui sert ensuite à se forger une opinion personnelle car on se retrouve à écouter et même à défendre une idée qui est nouvelle pour nous. 

Le sujet précis qui nous a été donné était la nécessité ou non de l’utilisation et les enjeux des drones dans un cadre militaire à partir du contexte français. Ce sujet correspondait aux thèmes “Faire la guerre, faire la paix” en HGGSP et “Histoire et violence” en HLP. Nous avons donc pu approfondir nos connaissances sur ces chapitres en nous les appropriant encore plus. De plus, la variété et la pluralité des acteurs et de leurs avis fait de ce sujet une véritable controverse. Par ailleurs, la complexité de la question nous force à aller au dessus du fait de juste être pour ou contre en sortant de notre zone de confort. Voici donc comment tout cela s’est déroulé.

Un acteur (étatique, institutionnel, non étatique, ONG etc.) était attribué à chaque binôme, et nous avions pour rôle de recueillir autant d’informations que possible sur ce dernier afin d’incarner sa pensée et sa personnalité. Après avoir fait deux semaines de recherche sur notre personnage, nous avons pris part à un “speed dating”, dans lequel nous avons rencontré les autres binômes. Chacun des acteurs possédait un point de vue unique selon le domaine dans lequel il travaillait. La richesse de la diversité d’opinions dû à ces différences nous a montré l’existence de diverses priorités. Nous avons petit a petit recueilli toutes les données nécessaires pour le jour du débat : point de rencontre d’un militaire dans la marine et d’un chercheur s’intéressant à la notion de responsabilité, d’un député et d’un professeur d’éthique.

Ce débat fortement réaliste nous a montré les véritables enjeux en place lors d’une discussion entre professionnels. Au début, nous avons eu du mal à nous habituer à ce genre d’exercice, certains ont hésité à prendre la parole tandis que d’autres ont eu du mal à construire une prise de parole argumentée. Mais la capacité de chaque élève à incarner son personnage était réellement surprenante. La rhétorique des politiciens, le réalisme des militaires et le gravitas des chercheurs ont métamorphosé la salle Camille Bergeaud en une scène de théâtre.

Personnellement (Sacha), j’ai trouvé cet exercice très enrichissant par le fait que souvent nous avons sur un sujet des idées préconçues qui restent simples et peu approfondies. Or ici, nous avons dû d’une part réellement creuser nos recherches personnelles pour aboutir à une argumentation qui tienne la route, et en plus nous avons écouté pendant près de 2 heures des points de vue très divers. Cela nous a donc permis de mettre de côté nos préjugés sur le sujet et de mieux comprendre pourquoi apporter une réponse à certaines questions est plus difficile qu’il ne paraît.

Voir les intervenants jouer leurs rôles, les différentes stratégies choisies et contrôler l’enchaînement des multiples facettes du sujet était très intéressant. Le point de vue du “président” m’a donné une toute autre perspective sur le sujet ou j’ai dû laisser mes convictions de côté pour assurer la bienséance du débat.

Ozan Godon, président du débat.

Quant à moi (Deniz), j’ai particulièrement apprécié l’écoute entre les élèves et le rebondissement sur les arguments des autres, la progression “argument-contre argument » a créé un véritable dynamisme qui a donné au débat son souffle vital. 

Cette expérience nous a permis de regarder les sujets d’actualités de différents points de vue et d’élargir notre vision concernant la nature de différentes controverses. Nous voulons donc remercier tous nos professeurs qui ont organisé ce projet et tous les professeurs et membres de la direction qui étaient présents lors du débat !


Pour aller plus loin :

Sacha Suadiyeli
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