La Formule 1 : un sport automobile durable ? 

La Formule 1 – aussi appelée F1- est considérée comme l’apogée du sport automobile. Elle a connu un grand succès depuis les années 1950 et en particulier ces dernières années avec une moyenne de 1,1 millions de spectateurs mondiaux à chaque course. Les pilotes, tels que Lewis Hamilton ou Charles Leclerc, sont de véritables célébrités internationales. En 2024, on retrouve 24 grands prix dans 21 pays différents. Dans un monde de plus en plus affecté par le réchauffement climatique, il est évident qu’il faut questionner l’empreinte carbone de ce cirque international. En 2019, celle-ci était de 256 000 tonnes de CO2, ce qui équivaut au bilan annuel de 55 000 voitures. La question d’un futur durable pour ce sport automobile est donc également un sujet important pour le futur de notre planète. 

Au premier regard, le carburant brûlé par les voitures lors des courses peut sembler être la cause principale des émissions de carbone. Or celles-ci ne représentent que 0,7% de l’empreinte totale. La recherche et la production des morceaux constituants les voitures sont effectués dans de grandes usines qui utilisent de nombreuses ressources rares telles que le Neodymium. Lors d’une saison de F1, chaque équipe change de nombreuses fois le moteur et autres parties de leurs voitures, ce qui représente au total 19,3% des émissions de carbone.

Pourtant, le transport est de loin l’action la plus polluante de ce sport. Cela prend en compte le transport de la voiture et de ses divers éléments, des locaux portatifs et de toutes les personnes qui travaillent dans le milieu de la F1. Cette quantité astronomique de déplacements correspond à 73% des émissions. Finalement, l’électricité utilisée, les déchets et autres activités de consommation des Grands Prix complètent le reste de la production de carbone émise par ce sport. Il est important de noter que le chiffre de 256 000 tonnes ne prend pas pour autant en compte le voyage presque uniquement par voitures des spectateurs jusqu’aux lieux de courses : on peut donc dire que les émissions de carbone sont beaucoup plus élevées sur les 24 courses que compte le championnat du monde.

Premiers pas vers le changement

En 2014, la F1 fait le premier pas vers un futur plus durable avec le changement d’un moteur V8 qui consommait 160 kg de carburant par course pour un moteur hybride V6, diminuant ainsi la consommation à 110 kg par course. Mais ce changement est plus considéré comme une innovation technologique que relevant du développement durable.

C’est en 2019 qu’est lancé le projet “net zero 2030”, dont le but est de réduire de moitié l’empreinte carbone du sport comparé à l’année 2018. Ce projet se concentre sur l’utilisation d’énergie renouvelable, de carburant durable, sur la question des transports et sur la réduction de déchets. En 2022, la F1 a déclaré que son empreinte en matière de voyages et de logistique représentait 72 % de son empreinte de référence. « La raison pour laquelle cela est important est que le calendrier reflète notre modèle de transport actuel, selon lequel la majorité des émissions est due au transport aérien de point à point », a déclaré Ellen Jones, responsable de l’énergie, du développement durable et de la gouvernance de la société qui gère le Championnat du monde de F1. Or celle-ci ne minimise toujours pas la distance parcourue au cours de l’année. Un calendrier fut proposé par le journal Motorsport dans lequel cette distance fut minimisée de 120 700 km à seulement 88 000 km. Après avoir opté pour des avions-cargos Boeing 777F plus efficaces, son partenaire logistique DHL a mis en place une nouvelle flotte de 18 camions fonctionnant au biocarburant afin de réduire les émissions lors des neuf courses européennes du calendrier.

Avec l’approche des nouvelles réglementations en 2026, la F1 introduit l’utilisation obligatoire d’un carburant 100% durable. Le carbone est l’un des composants nécessaires à sa fabrication ; toutefois, ce nouveau carburant doit être neutre en carbone, ce qui signifie qu’ils n’augmenteront pas les niveaux globaux de carbone de la planète. Les fabricants doivent utiliser du carbone déjà disponible plutôt que d’en ajouter dans l’atmosphère. Le carbone est extrait de diverses sources, telles que la biomasse non alimentaire qui peut être transformée en gaz, le captage direct de l’air ou l’hydrogène vert obtenu par électrolyse de l’eau. Suivi par le travail de laboratoire compliqué et complexe qui dépasse de loin nos cours de chimie de base. 

L’engagement de la F1 en faveur du développement durable va au-delà des voitures elles-mêmes. La discipline a également pour objectif de rendre les courses plus durables. Plusieurs sites de Grand Prix ont adopté des initiatives écologiques, telles que l’utilisation de sources d’énergie renouvelables, la mise en œuvre de stratégies « zero-waste » et la promotion de déplacements durables auprès des spectateurs. Par exemple, le Grand Prix de Grande-Bretagne à Silverstone est entièrement alimenté par de l’énergie verte, notamment des panneaux solaires et de l’huile végétale hydrotraitée (HVO) pour les générateurs (Pour plus d’information sur l’action de chaque course).

Des pistes pour le futur

À présent, la F1 a pour objectif de poursuivre sa transformation vers un avenir durable. L’objectif de la F1 d’utiliser 100 % de carburants durables d’ici à 2026 est une étape clé, car elle permettra de démontrer la viabilité de ces carburants dans des applications de haute performance. En plus, le développement de voitures de F1 entièrement électriques ou fonctionnant à l’hydrogène est une voie potentielle qui pourrait réduire encore davantage l’impact environnemental de la discipline. Or, cela causera une diminution importante dans la performance des voitures, désormais moins rapides, et ainsi risque d’avoir pour effet la baisse d’intérêt des supporters, un peu moins excités.

L’influence de la F1 s’étend au-delà du circuit. Les nouvelles technologies et pratiques durables de ce sport ont la possibilité de jouer un rôle de premier plan dans les efforts de durabilité au niveau mondial. Ses recherches et ses innovations peuvent faire progresser l’industrie automobile, en favorisant en particulier le développement de carburants plus propres ou de systèmes de récupération d’énergie plus efficaces. La F1 s’élance vers l’avenir, non seulement en quête de vitesse, mais aussi en mettant l’accent sur la durabilité et la responsabilité de ce sport à l’échelle mondiale. 


Pour aller plus loin : 

Mise en page par Arif Kilinç

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