Trump is back ! Retour vers le futur… 

Donald Trump revient à la Maison Blanche ce 20 janvier, entouré de ses proches, pour mettre en place un programme centré sur la lutte contre l’immigration, une politique commerciale agressive et la remise en question des institutions fédérales et internationales. Il promet un « nouvel âge d’or » pour les États-Unis… au détriment du reste du monde et au prix d’une démocratie fragilisée dans une période charnière de l’histoire mondiale ?   

Donald Trump, de nouveau président après 4 ans d’administration Biden, hérite d’une économie en bonne santé avec un taux de chômage très bas et des projets d’investissement dans les infrastructures. Ses priorités incluent une campagne massive d’expulsions de sans-papiers, une politique douanière stricte et une réorganisation de l’État fédéral pour s’assurer que ses agents lui soient loyaux. Il souhaite aussi réduire un déficit budgétaire qui est très élevé. 

L’équipe qu’il a formée à la Maison Blanche dans la période de transition du pouvoir entre les deux administrations montre qu’il exige une totale loyauté. Cela représente un risque sans précédent de confusion entre intérêt général et intérêt partisan, service du public américain et enrichissement personnel.

Par exemple, Elon Musk joue désormais un rôle important dans l’écosystème Trump par le biais de son réseau social X mis au service de l’idéologie et du mouvement Make America Great Again (MAGA), tandis qu’il pourrait profiter de sa position pour ses sociétés Space X et Tesla. 

L’écologie, le respect du droit international et des alliances traditionnelles des Etats-Unis paraissent aussi menacés. A l’évidence, le retour de Trump pourrait avoir des conséquences sérieuses dans la plupart des domaines pour les États-Unis et le monde.

Bilan de l’élection américaine 

Les élections américaines récentes marquent un tournant décisif dans l’histoire contemporaine des États-Unis. Donald Trump, après avoir perdu la présidence en 2020, réalise un retour spectaculaire en remportant un second mandat face à Kamala Harris. Cette victoire, l’une des plus controversées de ces dernières décennies, a mis en lumière les profondes divisions au sein du pays tout en suscitant des interrogations majeures sur l’état de la démocratie américaine, la stabilité économique mondiale et les relations internationales. 

Au-delà d’un simple affrontement entre deux candidats, cette élection a opposé deux visions diamétralement opposées de l’avenir des États-Unis. Trump, figure du populisme nationaliste, a défendu un message de protectionnisme économique, de conservatisme culturel et de rejet des normes politiques traditionnelles. Kamala Harris, de son côté, a porté un programme progressiste axé sur l’équité sociale, l’action climatique et le rétablissement des alliances internationales des États-Unis.

Harris Vs. Trump. Par Anemon Adali. DR.

Un retour au pouvoir marqué par la division

Le retour de Donald Trump au pouvoir n’était pas une évidence. Sa campagne a fait face à une opposition farouche, à un électorat polarisé, ainsi qu’à des institutions politiques et médiatiques souvent critiques envers son bilan et ses prises de position. Cependant, sa capacité à mobiliser une base électorale fidèle a joué un rôle déterminant.

Cliché d’identité judiciaire (Police Mugshot) pris lors de l’arrestation de Donald Trump en août 2023 (Bureau du Sheriff de Fulton County, 2023. DR.) / Portrait officiel du président des Etats-Unis Donald Trump (2025. DR.)

Trump a concentré ses efforts sur des États clés comme la Pennsylvanie, le Michigan et le Wisconsin, où les préoccupations économiques et les tensions culturelles sont particulièrement marquées. Sa rhétorique, axée sur la lutte contre les élites et le « retour à la grandeur américaine », a une fois de plus touché une corde sensible parmi les ouvriers et les électeurs ruraux. Kamala Harris, quant à elle, s’est appuyée sur les banlieues et les centres urbains, en tentant de construire une large coalition. Toutefois, cette stratégie s’est avérée insuffisante face à la fidélité des partisans de Trump dans les zones rurales.

Les marges de victoire dans plusieurs États décisifs ont été très étroites, ce qui a exacerbé les tensions post-électorales. Les allégations de fraude, bien que rejetées par les tribunaux, ont alimenté un climat de méfiance généralisée. Des manifestations, parfois violentes, ont éclaté dans tout le pays, illustrant une fois de plus les fractures profondes qui divisent les États-Unis.

Une présidence marquée par un programme ambitieux

Pour son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a annoncé une série de mesures visant à consolider son pouvoir et à honorer ses promesses électorales. Ce second mandat s’inscrit dans une continuité idéologique avec son premier, mais avec une intensité accrue dans l’exécution des politiques.

Sur le plan institutionnel, Trump avait lors de son premier mandat (2017-2021) renforcé son contrôle sur les organes de pouvoir en procédant à des nominations stratégiques dans des institutions clés comme la Cour suprême. Ces décisions, perçues comme une tentative de centralisation de l’autorité, avaient déjà suscité des inquiétudes quant à l’affaiblissement des contre-pouvoirs démocratiques. 

Sur le plan économique, Trump a promis de relancer son programme « America First », caractérisé par un protectionnisme assumé. Trump pourrait intensifier la pression sur les partenaires commerciaux pour rééquilibrer les échanges en faveur des États-Unis, en utilisant des droits de douane ou des sanctions comme leviers. Ainsi, il va très probablement augmenter de manière très importante les tarifs douaniers sur les importations chinoises et mexicaines, augmenter les taxes sur les produits européens, et instaurer des mesures fiscales pour inciter les entreprises à relocaliser leur production. Si ces politiques visent à protéger les travailleurs américains, elles comportent des risques pour l’économie mondiale, notamment en alimentant des tensions commerciales et en perturbant les chaînes d’approvisionnement internationales. 

Une politique étrangère isolationniste 

La politique étrangère de Donald Trump lors d’un éventuel second mandat pourrait s’articuler autour de principes similaires à ceux de son premier mandat, avec également une insistance renouvelée sur l’approche « America First ». Cela se traduirait par une priorité donnée aux intérêts économiques et stratégiques des États-Unis, au détriment de certaines alliances multilatérales. Par ailleurs, il chercherait probablement à réduire davantage les engagements militaires américains à l’étranger, en privilégiant des interventions ciblées ou par procuration, tout en augmentant les exigences vis-à-vis des alliés pour financer leur propre sécurité. 

En matière de relations bilatérales, une approche plus agressive envers la Chine pourrait se poursuivre, notamment pour limiter son influence économique et technologique. Avec la Russie, bien que sa position soit souvent critiquée pour un certain laxisme, il pourrait chercher à exploiter les divisions européennes pour renforcer une position stratégique américaine en Eurasie. Sur le Moyen-Orient, sa politique resterait focalisée sur la normalisation des relations entre Israël et ses voisins arabes, tout en adoptant une attitude ferme envers l’Iran. Enfin, l’administration Trump pourrait accorder moins d’attention aux enjeux climatiques globaux et aux initiatives internationales de coopération, préférant des accords bilatéraux et des stratégies unilatérales pour défendre ses intérêts.

Une démocratie fragilisée

L’entrée en fonction de Donald Trump pour un second mandat pourrait accentuer les fragilités déjà observées dans la démocratie américaine, notamment en raison de la polarisation politique extrême. Sous sa présidence, les institutions démocratiques pourraient être davantage mises à l’épreuve, notamment avec une rhétorique contestant la légitimité de certaines élections, des attaques fréquentes contre les médias, et un affaiblissement de la confiance dans les agences fédérales et judiciaires. Les accusations de désinformation et la diffusion de théories du complot au sein de l’espace public pourraient continuer à éroder le consensus national sur les faits, rendant le dialogue politique de plus en plus conflictuel et instable. Cette défiance envers les institutions pourrait engendrer des tensions sociales accrues, favorisant la montée de groupes extrémistes ou anti-système.

Par ailleurs, la gouvernance de Trump pourrait exacerber les divisions idéologiques entre les États et au sein du Congrès, rendant plus difficile l’élaboration de politiques consensuelles. Les tentatives de centraliser davantage le pouvoir exécutif pourraient affaiblir les contre-pouvoirs traditionnels, comme le rôle du Congrès ou celui de la Cour suprême, si ces institutions se heurtent à des décisions exécutives contestées. Enfin, le risque de marginalisation des droits civiques et des protections institutionnelles pour certains groupes minoritaires pourrait accentuer les fractures sociales. Cette situation pourrait entraîner une perception accrue d’une démocratie en crise, où la capacité à réconcilier les visions divergentes du pays serait gravement compromise.

Des répercussions mondiales

Comme on a pu le constater lors de son premier mandat, les décisions de Donald Trump ont des implications bien au-delà des frontières américaines. Sa politique protectionniste, notamment, a perturbé l’économie mondiale en réorganisant les flux commerciaux et en provoquant des réactions protectionnistes de la part de ses partenaires économiques. 

Les marchés émergents, qui dépendent fortement des exportations vers les États-Unis, sont particulièrement touchés. L’augmentation des tarifs douaniers et les fluctuations monétaires causées par les incertitudes sur la politique américaine ont ralenti leur croissance et exacerbé les inégalités.

Dans le même temps, le retrait des États-Unis de plusieurs accords multilatéraux a potentiellement ouvert la voie à la Chine, à l’Union européenne mais aussi à certains pays émergents pour jouer un rôle plus actif sur la scène internationale, dans une logique opportuniste, bien loin des règles du jeu multilatéral qui caractérisait le système géopolitique depuis l’après seconde Guerre mondiale. Ces dynamiques reconfigurent ainsi progressivement l’équilibre des pouvoirs dans le système global. 

Sans compter que le nouveau président élu Trump adopte déjà une posture impérialiste à laquelle les Etats-Unis n’avaient plus eu recours depuis plus d’un siècle en menaçant d’annexer le Groenland, de reprendre le contrôle du canal de Panama ou même de faire du Canada le 51e État américain. 

Une période charnière

Le retour de Donald Trump au pouvoir marque une période d’incertitude profonde, tant pour les États-Unis que pour le monde. Ses partisans y voient une chance de rétablir leur souveraineté nationale et de renforcer la prospérité économique, tandis que ses détracteurs dénoncent une dérive autoritaire qui fragilise durablement la démocratie américaine et entraîne dans son sillage des régimes post-démocrates ou illibéraux. 

Les défis à venir sont immenses. L’avenir des États-Unis dépendra de leur capacité à surmonter les divisions internes, à rétablir la confiance dans leurs institutions et à jouer un rôle constructif sur la scène internationale. Pour le reste du monde, la présidence Trump représente un test majeur. Les partenaires internationaux des États-Unis devront s’adapter à une Amérique moins prévisible et chercher des solutions collectives pour relever les défis globaux. Avec cette nouvelle ère, les enjeux ne pourraient être plus élevés. 

Crescendo continuera de suivre ces développements et d’analyser leurs implications pour éclairer les défis et les opportunités de cette période critique de l’histoire mondiale.

Mise en page par Arif Kilinç


Pour aller plus loin :

  • Série de podcast de France Inter « USA, anatomie d’une démocratie«  : Aux côtés de l’historien Romain Huret, Thomas Snégaroff revient, en six grandes dates, sur la véritable histoire de la démocratie américaine. Modèle ou utopie jamais réalisée ?

  • Un épisode en vidéo de l’émission « Les chemins de la connaissance » de France Culture : Trumpiste et populisme. Derrière le personnage se cache une longue tradition politique : celle du populisme, dont l’historien Romain Huret met en lumière les rouages sociaux et les implications intellectuelles.

Philippe Cem Gérard
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