Écrivain et membre de l’Académie française, Antoine Compagnon a donné deux conférences à l’Université de Galatasaray le 20 et 21 février 2024. Les classes de HLP et de latin ont eu la chance de participer à la seconde conférence intitulée “Baudelaire moderne et antimoderne” dans le cadre d’une sortie pédagogique.
De nombreux artistes furent influencés par les avancées technologiques que connut l’Europe du XIXème siècle. Parmi ces derniers, nous pouvons évidemment compter Baudelaire, dont la poésie fut impactée, tant dans le fond que dans la forme. Cependant, la réaction du poète face aux changements radicaux du XIXe siècle reste ambiguë, et difficile à cerner. C’est précisément la relation qu’entretenait Baudelaire avec la modernité dont il était question dans la conférence à laquelle nous avons eu l’occasion d’assister.
Le recul que nous avons aujourd’hui sur Baudelaire nous permet de relever un certain nombre de paradoxes qu’il incarnait. L’auteur exprimait clairement une récalcitrance vis à vis de certains progrès comme la photographie et la presse, tout en adorant se faire photographier et cherchant à être publié a tout prix dans les journaux. Son rapport à la ville de Paris illustre aussi parfaitement ce paradoxe: le poète critiquait vivement la ville moderne dans laquelle il a vécu la majeure partie de sa vie, et dont il semblait ne pas réussir à s’éloigner.
Mes impressions
Nous avions déjà étudié la modernité dans l’œuvre de Baudelaire dans le cadre du chapitre Création, Continuités, Ruptures qui fait partie du programme de HLP en classe de terminale. J’ai apprécié, dans le cadre de cette sortie, approfondir mes connaissances sur le sujet en l’abordant avec un prisme plus vaste et moins centré sur ses œuvres. Antoine Compagnon s’est cependant appuyé sur différents textes pour mener son analyse, puisqu’ils restent nécessaires pour saisir la vision de Baudelaire.

Au-delà du cadre scolaire, cette conférence m’a permis de voir l’auteur pour ce qu’il était : une personnalité avant tout, avec toute la singularité et les contradictions qui l’accompagnent. Ici, les notions de moderne et antimoderne ont été appliquées à Baudelaire sans aucune dualité. Sans le réduire à une simple dichotomie, j’ai pu voir le poète comme un humain qui vivait avec son temps, avec tout le progrès technique et ses implications sociales, tout en gardant un regard critique sur les évolutions du monde qui l’entourait. Ainsi, dans son poème “Les yeux des pauvres”, issu du recueil Petits Poèmes en prose,
Baudelaire décrit une scène des plus modernes, illustrant les sorties de la petite bourgeoisie parisienne dans les nouveaux cafés parisiens. Le poète adopte un regard très critique vis à vis des inégalités sociales au sein de la ville et de la classe privilégiée qui venait d’émerger grâce au nouveau modèle de production. Même si cela reste une critique de la modernité, décrire la vie quotidienne de manière si crue et sans l’embellir reste une entreprise encore très novatrice dans la littérature. Ce poème, tout en s’inscrivant dans les évolutions de son époque, établit une continuité avec certaines traditions littéraires, avec plusieurs références à la mythologie grecque, allant de “Ganymède“ aux “nymphes“.








En ce qui concerne la forme, Baudelaire a introduit plusieurs innovations poétiques qui ont marqué le début de la modernité en poésie. Il a notamment expérimenté avec la forme des poèmes en rompant avec les structures traditionnelles et en introduisant des rythmes et des images audacieuses. Son recueil emblématique, « Les Fleurs du mal« , est un exemple frappant de cette modernité formelle, avec des poèmes comme “Le voyage“ qui jouent avec la sonorité, la musicalité et l’imagerie pour créer des atmosphères riches et évocatrices. Il a également contribué à populariser le poème en prose, une forme qui était alors considérée comme novatrice. Ce dernier a aussi inspiré un grand nombre de poètes ayant porté l’étendard de la poésie moderne comme Verlaine, Mallarmé et Rimbaud. Cependant Mallarmé le jugera de ne pas être assez moderne, malgré le fait que l’œuvre de Baudelaire a été popularisé après la seconde guerre mondiale, car trop avant-gardiste pour son époque. Il est donc nécessaire de voir le concept de modernité comme relatif au temps et aux différents individus.
Durant cette conférence le concept de modernité a gardé toute sa complexité et a été présenté dans toute sa multitude, allant des aspects sociaux aux aspects techniques. Cette conférence m’a aussi ouvert à de nombreuses réflexions à propos de la manière dont le spectateur voit l’artiste. Si Baudelaire est un être humain avec sa personnalité aussi complexe que irréductible et ses idées pouvant s’entrechoquer, pourquoi essayer de lui coller les étiquettes de moderne ou antimoderne ?



De plus, pouvoir participer à cette conférence en tant qu’élève de terminale fut une occasion précieuse. Assister à cette conférence universitaire m’a exposé à un large éventail de sujets et de disciplines académiques. Cette conférence m’a fait office de fenêtre menant vers la vie universitaire, ce qui est motivant dans la poursuite de mes études et de mes passions. Et j’imagine que ça a été le cas pour mes autres camarades présents lors de cette sortie scolaire.

Pour en savoir plus :
- Des podcasts avec Antoine Compagnon sur le site de Radio France
- Des podcasts sur Baudelaire sur le site de France Inter : Un été avec Baudelaire
- Une série de conférences d’Antoine Compagnon au Collège de France :
