Le dadaïsme, une façon de penser l’art

Le dadaïsme, un mouvement littéraire et artistique foisonnant qui a émergé pendant la Première guerre mondiale comme une forme de protestation contre les valeurs esthétiques dominantes et traditionnelles de l’art, s’est exprimé sous différentes formes : art pictural, art plastique, performance ou littérature.

Le mouvement Dada se caractérisait par :

  • une approche rebelle,
  • la liberté d’expression mise en valeur,
  •  rejet de la logique,
  • un art engagé,
  • une extravagance marquée,
  • un soutien de l’anti-art.

Dans son essence, le dadaïsme se définit par son rejet des normes établies, sa remise en question de la logique et sa propension à célébrer l’absurde, le non-sens et le chaos. Ce mouvement ne se limitait pas à un seul domaine artistique, mais englobait la peinture, la sculpture, la littérature, la poésie, la performance et d’autres formes d’expression créative.

La naissance de Dada : Zurich, le berceau du mouvement 

Tout a débuté en février 1916 au Cabaret Voltaire dans la vieille ville de Zürich… Ce cabinet a un rôle fondamental dans l’histoire du dadaïsme. Il a été inauguré par  Hugo Ball qui est un écrivain allemand. En effet, il ne va exister que six mois, de février à juillet 1916. Dans cette petite pièce on n’y trouvait de nombreux artistes, pour la plupart exilés, poètes, écrivains et peintres comme Jean Arp, Tristan Tzara, Marcel Janco et ainsi.  

De nombreux artistes en exil se retrouvent au cabaret Voltaire, un espace dans lequel  l’imagination se manifeste librement; dans ce cabinet, les dadaïstes créent diverses œuvres (des livres, des peintures et des sculptures). Mais le véritable esprit Dada s’exprime dans les spectacles de cabaret, les manifestes, les confrontations et la distribution de tracts, de petits magazines et de journaux, une forme d’expression artistique qui reflète la spontanéité.

Lorsque les artistes dadaïstes comme Jean Arp, Huelsenbeck Richard et Tristan Tzara rejoignent le groupe, ils se lancent dans la réalisation de collages et de sculptures sur bois. Bien évidemment, les artistes du Cabaret Voltaire ne se focalisent pas sur une forme d’art; ils sortent de leur zone de confort. La plupart d’entre eux pratique volontairement plusieurs formes d’art (le chant, la peinture, la danse…) dans le but de briser les frontières qui les séparent traditionnellement.

En effet, ce cabaret ferme ses portes en raison de ‘tapage nocturne’ et ‘tapage moral’ en juillet 1916. Mais heureusement ce haut lieu de culture ne disparaît pas complètement ! En octobre 2004, 88 ans plus tard, il ouvre de nouveau ses portes, redonnant ainsi une nouvelle vie au dadaïsme.

Le Cabaret Voltaire, à Zurich. Cf. dadart.com

De nos jours, le Cabaret Voltaire a été soigneusement restauré et transformé en musée. Il s’agit d’un centre culturel dédié aux dadaïstes qui ont eu une énorme influence sur le développement de l’art au XXe siècle.

L’origine du terme ‘Dada’

Le terme est d’origine française. Il est tout d’abord utilisé par Tristan Tzara, écrivain et poète ayant vécu entre le XIXe et le XXe siècle. Il est l’un des fondateurs du mouvement Dada,  il sera, par la suite, le chef de file de ce mouvement artistique et inspirera les autres artistes. 

Hélas, les informations qu’on a sur l’origine du nom du mouvement  ‘dada’ ne sont pas très fiables, on estime que Tzara a choisi ce nom en s’inspirant des premiers balbutiements des bébés. Le message qui veut être donné par cela est la création, la naissance d’une nouvelle forme d’art, comme les balbutiements d’un bébé, c’est-à-dire ses premiers mots. 

En outre d’après diverses sources, le nom « Dada», a été trouvé par hasard par ses fondateurs, Hugo Ball, Tristan Tzara, Emmy Hennings et Marcel Janco, qui cherchait à l’aveuglette un mot quelconque dans un dictionnaire franco-allemand,.

L’ idéologie révolutionnaire défendue par le dadaïsme est le mouvement d’anti-art. L’anti- art rassemble un ensemble d’attitudes et concepts rejetant le fonctionnement traditionnel de l’art. Pour illustrer cela, nous pouvons donner l’exemple des œuvres, d’un peintre nommé Marcel Duchamp, initiateur de l’expérience artistique des Ready-mades..

Les œuvres Dada

« Ce sont les regardeurs qui font les tableaux. »

Marcel Duchamp

Fontaine, Marcel Duchamp, 1917- 1964

Le Ready made, c’est-à-dire la réappropriation par l’artiste d’un objet manufacturé, qu’il manipule, auquel il donne un titre et dont il retire la fonction utilitaire, afin de l’exposer dans un lieu culturel où il acquiert le statut d’œuvre d’art) de Marcel Duchamp.  

Un peu de tout :

Affiche de Theo van Doesburg pour un spectacle de Dada, 1923
L’Œil cacodylate, Francis Picabia, 1921

Le critique d’art, Raoul Hausmann, 1919

ABCD, Raoul Hausmann, 1923-1924

Da Dandy, Hannah Höch, 1919

Caisse enregistreuse, Amadeo de Souza Cardoso, 1917

Boxe. Typographie, Tristan Tzara, 1919

L’oeuvre dada, une oeuvre qui bouscule 

Par ailleurs, les artistes du mouvement dada voulaient jouir de la plus grande liberté d’expression possible et pour cela, ils utilisaient divers matériaux disponibles, y compris les plus communs ou sans rapport habituel avec l’art (l’œuvre de Marcel Duchamp, Fontaine, qui est un simple urinoir). Leur but était de faire réagir le spectateur et le pousser à se questionner au niveau des normes, valeurs de la société même s’il ne comprenait pas totalement l’œuvre en question.

La particularité de Dada : un art sans règles ?

D’après les artistes dada, toutes sortes d’éléments et de matériel peuvent être utilisés en art. Ces dernières en question utilisent des papiers, journaux, des cartons, des objets ou même des déchets, si nécessaire. Toutes sortes de bruit ou sons peuvent être considérés comme de la musique, cela porte le nom de bruitisme. De plus, le dadaïsme inspire les poètes, qui quant à eux, abandonnent les codes du langage, le signifié et le signifiant, dans le but d’écrire des poèmes de style dada (exemple Boxe- Typographie, Tristan Tzara, 1919).

Les artistes du dadaïsme n’essaient pas d’impressionner le public avec la beauté de leur technique, ils cherchent plutôt à choquer l’audience. Ils créent des œuvres qui poussent le public à remettre en cause l’ordre établi, un certain comportement adopté par la majorité ou un système. Ces artistes en question veulent dépasser les limites, tout en libérant leur imagination. Pour eux, la réaction et le comportement de l’audience face à la création fait partie de l’œuvre elle-même. 

L’absence de règles et de la nécessité de l’esthétique stéréotypée, la prévalence de la liberté d’expression… tous ces éléments rendent le dadaïsme intéressant et unique. 

Le dadaïsme est une façon de penser l’art

Les artistes dadaïstes n’essaient pas de plaire au public tout en créant des œuvres visuellement plaisantes. Ils ont cette envie de rompre avec la tradition et de renverser tous les codes et les conventions. Pour exprimer leurs émotions, ils utilisent l’art chaotique qui leur offre cette possibilité.

L’influence du mouvement dada est toujours un objet de débat. Il pousse les hommes à se questionner sur ce qu’est l’art et quelles créations devraient être considérées artistiques. Plus encore, le dadaïsme prônant l’absence de règles fixes et de conventions et la valorisation de l’imagination et les volontés personnelles de l’artiste, ces éléments ont permis aux artistes de se débarrasser de tous les clichés et codes établis et de présenter un art épuré et profondément nouveau.

Collage Dada par Irmak Onay. DR.

Illustration de couverture par Irmak Onay
Mise en page par Tülin Toz


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