Mon classique en 2 minutes : des œuvres vivantes pour la Francophonie

Le 14 mai s’est déroulé la première édition d’une nouvelle action du Printemps de la Francophonie. Les élèves des lycées Pierre Loti, Sainte Pulchérie, Küçük Prens, Tevfik Fikret et Galatasaray ont participé à cet événement qui a eu lieu à l’Institut Français d’Istanbul. Cette réunion était à la fois enrichissante et originale grâce aux nombreuses œuvres sélectionnées et présentées par les candidats.

Les élèves de chaque établissement ont présenté soit un grand classique de la littérature, soit une œuvre qui leur tenait à cœur, en seulement deux à trois minutes. Le principe parait simple, mais demande en même temps de la rigueur. Chaque participant devait « pitcher » en français un ouvrage de manière concise, personnelle et engageante. L’accent était mis sur l’originalité du travail. Il ne s’agissait pas d’une présentation qui ressemble aux résumés en ligne ou aux textes de présentation en 4e de couverture des livres.

Le public a été émerveillé par le silence qui a régné lors des présentations théâtrales, tandis qu’il s’est montré vivant pendant celles avec une touche comique. La richesse et l’originalité des présentations ont contribué à créer un public aussi réceptif aux émotions. Les présentateurs, en partageant leurs perspectives personnelles sur les œuvres choisies, ont mis l’accent sur ce qui les avait touchés, impressionnés ou captivés. Même lorsque plusieurs candidats se sont intéressés au même ouvrage, leurs interprétations étaient si différentes qu’il n’y a eu aucun problème ; les deux regards étaient aussi juste l’un que l’autre, et il n’est pas possible de nier la réalité que ce que fait qu’un livre est aimable est notre interprétation intime.

Certaines présentations se distinguaient par leur dimension théâtrale. Les élèves ont choisi d’incarner des personnages, de se costumer, voir même de porter des masques. Cette approche presque moliéresque donnait à leurs interventions une délicatesse particulière, entre théâtre classique et performance littéraire. La scène est devenue une scène de théâtre et non pas un simple pitch qu’il devait au public. Les détails dans le costume, les gestes et l’intonation attiraient l’attention de chacun et chacune dans le public. Grâce à certains choix de mise en scène, certaines performances ont même pu faire entrer les spectateurs dans le monde du texte sélectionné. Cela montre à quelle point la littérature classique et les œuvres théâtrales se rejoignent, et à quel point une œuvre classique peut être rendue vivante et contemporaine grâce à l’imagination et la passion.

D’autres participants ont pris une route plus traditionnelle, mais pas nécessairement formelle. Il s’agissait de toute forme de représentation : l’intime, le comique, le dramatique. Le message du livre, son contexte, ou encore le style de l’auteur portaient une grande importance. Certains élèves ont pris le temps d’expliquer pourquoi ce classique leur avait parlé personnellement, ce qu’ils y avaient trouvé de particulier, ou comment ils avaient découvert l’œuvre. Cela permettait au public de comprendre l’importance des classiques dans la vie d’un lecteur, et d’en découvrir de nouveaux à travers le regard d’un ami, d’un professeur, d’un membre de la famille, d’un proche…

Un autre aspect marquant l’événement était la diversité des genres littéraires choisis. Théâtre, roman, poésie… beaucoup de styles étaient représentés. Et naturellement, cette variété a donné lieu à des tonalités très différentes dans les présentations : certaines étaient sérieuses, d’autres poétiques, d’autres encore très burlesques ! En effet, quelques élèves ont opté pour l’humour afin de revisiter des œuvres que l’on considère souvent comme “ennuyeuses” ou “trop compliquées”. Grâce à des jeux de mots, des mises en scène amusantes ou des clins d’œil à la culture actuelle, ils ont réussi à donner une seconde vie à ces textes classiques.

Cette démarche montrait une chose essentielle : les classiques ne sont pas seulement faits pour être lus avec gravité ou dévotion. Parfois, ils peuvent aussi être appréciés pour leur histoire, leur intrigue ou leur absurdité tout simplement, sans les symbolismes, la politique ou la philosophie. Il n’est pas toujours nécessaire de chercher une morale ou une signification profonde. On peut ainsi lire pour le plaisir, et ce plaisir peut naître d’un rire, d’une surprise, ou d’une identification personnelle au récit.

Ces interventions humoristiques étaient particulièrement réussies, car elles montraient une véritable compréhension de l’œuvre, tout en réussissant à faire rire le public. Elles ont également permis de casser l’image élitiste que certains peuvent avoir envers les classiques. Un bon livre n’a pas besoin d’être ancien pour être respecté, et un livre ancien n’a pas besoin d’être lu avec sérieux pour être compris. Ce que les élèves ont montré, c’est que chaque lecteur peut se réapproprier un texte à sa manière, et que cette liberté est l’une des grandes forces de la lecture.

Pour couronner le tout, il faut souligner l’ambiance générale de l’événement : chaleureuse, bienveillante, et porteuse d’un véritable amour de la littérature. Chaque élève était écouté avec attention, applaudi, soutenu. Il n’y avait pas de jugement, ni de compétition. Au contraire, tous semblaient animés par le désir de partager une passion commune, celle des mots, des histoires, et de raconter. Vers la fin de l’événement, une discussion sur la disparition de la lecture avec la place énorme que prennent les écrans dans la société a émergé. Mais ceci est une fausse idée : inversement, les écrans rendent la littérature plus accessible aux gens et, permette l’accès en diverses langues, pour beaucoup moins cher et d’une manière plus simple. La lecture est vivante, elle circule, elle se transforme, et elle continue à émouvoir, faire réfléchir, faire rire.

L’Institut Français, en accueillant cette initiative, a permis aux jeunes lecteurs de s’exprimer librement, et de montrer que les classiques, loin d’être figés dans le passé, peuvent être réinventés à chaque génération. En deux minutes seulement, chaque élève a transmis une émotion, une idée, un coup de cœur. Et c’est sans doute cela, le plus beau dans la littérature : sa capacité à toucher chacun différemment, et à s’adapter à celui ou celle qui la lit.

Photos d’illustration de Nil Antonetti

Ayşe Önbilgin
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