Portant sur un récit très connu du fait de l’histoire qu’il déploie, aussi ancienne que passionnante, cet article vous présente un texte littéraire fondateur, sa morale interprétée de façon personnelle, et espère vous donner envie de vous lancer dans la lecture, ou même de faire des recherches sur la Mésopotamie, une culture super intéressante…
L’épopée de Gilgamesh, est un récit littéraire écrit sur des tablettes d’argiles gravées de symboles grâce à des signes en forme de clou : l’écriture cunéiforme. Il est bon de savoir que l’écriture a été inventée vers 3400 ans avant notre ère, dans la vallée entre les deux fleuves (le Tigre et l’Euphrate) qu’on appelle la Mésopotamie, dans la ville sumérienne d’Uruk, sur des tablettes de la sorte et que la première langue transcrite était le sumérien. Il est également important de noter que comme observable dans l’exemple ci-dessous, certaines tablettes sont fracturées et sont donc incomplètes ce qui n’a pas forcément empêché la retranscription de cette épopée.

Voici une photo de la XIe tablette de la version de Ninive de L’Epopée de Gilgamesh relatant le déluge, un exemple de l’écriture cunéiforme. Justement, notre épopée a été écrite sur 12 tablettes de la sorte. Impressionnant non ?
Un peu d’histoire : contexte des trouvailles
En 1849, un voyageur archéologue, Austen Henry Layard, en fouille à Ninive dans l’Irak actuel, découvre un site archéologique avec une myriade de tablettes cunéiformes : 25.000 rassemblées dans les ruines de l’ancienne capitale assyrienne du VIIe siècle avant notre ère, au sein de ce qu’on appelle la « Bibliothèque d’Assurpanipal », un roi qui a régné entre 668 et 627 avant notre ère (L’Assyrie était une zone de la Mésopotamie, avec un vaste empire composé de divers rois, dont le roi Assurbanipal).
Imaginez-vous dans une grosse bibliothèque avec d’innombrables tablettes présentant d’étranges écritures ! Cela prendra en réalité une grande période de temps pour essayer de toutes les décrypter ! Ces textes parlent de toutes sortes de sujets et sont une incroyable trace du passé, une occasion en or de parvenir à une meilleure compréhension de ces périodes et de comprendre comment les civilisations avant notre ère ont vécu, alors que nous manquons d’information. La personne qui découvre, au sein de cette gigantesque bibliothèque, les 12 tablettes présentant l’épopée de Gilgamesh est l’assyriologue (personne étudiant les civilisations de la Mésopotamie et ses différentes langues) George Smith qui parvient à décrypter les données écrites.
L’épopée de Gilgamesh: des héros, des géants et des dieux
L’épopée de Gilgamesh dépeint le récit de Gilgamesh, un roi sumérien régnant sur la région d’Uruk en Mésopotamie, qui était très mauvais, nauséabond, arrogant, atroce et faisait régner un climat de terreur sur son peuple contrôlé. Les dieux, pour le châtier, lui envoyèrent un rival destiné à le combattre : Enkidu qui apparait au beau milieu de la forêt et mène une vie des plus sauvages jusqu’à ce qu’une certaine femme, sur les conseils de Gilgamesh, le ramène à une forme plus humaine.

Bien que Enkidu et Gilgamesh finirent par se battre, mais, disposant de la même force, ils décidèrent de s’unir et de ne former qu’un. Ils vivent de nombreuses aventures dans la forêt pour en arriver au moment où ils décident de tuer Humbaba, le géant gardant une grande forêt de cèdres, dans l’actuel Liban, pour s’en emparer. Au retour, Gilgamesh déclinant une offre, se retrouva encore une fois « puni » en quelque sorte par les dieux qui lui envoyèrent le Taureau Céleste, qui causa une grande terreur dans la ville et qu’il finit par vaincre avec son ami Enkidu. Celui-ci envoie alors la cuisse droite du taureau sur la face d’Ishtar, la déesse de l’amour et de la guerre, ce qui suffit à l’énerver et à sceller le sort d’Enkidu, qui meurt de ce fait.

Suite à la mort de son ami, Gilgamesh se retrouve face à la réalité de la mort, au fait qu’il est un être mortel et il se désole, cherchant dans les fins fond de la terre, le secret de l’immortalité. Il se met à la recherche d’un certain Uta-Napishtim, qui est doté avec sa femme d’une immortalité donnée par les dieux, mais qui n’est pas transmissible. Cependant, Uta-Napishtim offre à Gilgamesh une plante, qui bien qu’elle ne permette pas l’immortalité, permet de rajeunir et de préserver force et jeunesse éternellement. Sauf que, pendant qu’il se baignait dans l’Euphrate, un serpent lui prit sa plante et il en fut désolé. Bien qu’un peu en rage puisque il a fait tout ce voyage et se retrouve sans rien, il revient dans sa ville beaucoup plus fort et comprend que pour vivre dans les meilleures conditions, il doit prendre soin d’elle, de sa ville.
Mon avis sur le livre : la sagesse et les enseignements du passé
Honnêtement, je pense que l’idée de Gilgamesh qui se préoccupe de sa mortalité nous apprend à nous lecteur qu’on ne devrait pas s’attarder en vue de chercher l’immortalité mais bien de vivre chaque bouffée de sa vie, de manger, de s’amuser, de veiller sa “ville” tout en prenant en compte cette réalité de la vie : que nous sommes tous des êtres mortels et que nous devons vivre digne de cette réalité. De plus, Enkidu a considérablement changé son ami Gilgamesh, ce qui me semble être une vertu.
Je vous conseille vivement de le lire pour comprendre ce qui se passe plus en détails et pour vous forger votre propre avis et opinion sur le récit, puisque franchement, c’est vraiment incroyable de lire un récit qui a été écrit des milliers d’années auparavant nous apprenant de nombreuses informations sur le passé, et présentant notamment des problèmes qui, à notre échelle, demeurent pertinents à interpréter.
N’est ce pas étrange qu’un récit ayant été écrit des milliers d’années plus tôt présente les mêmes préoccupations que nous avons et déploie des thèmes toujours d’actualité. Cela veut dire que l’être humain, depuis son existence jusqu’à maintenant, n’a cessé de se préoccuper de ce genre de problème alors qu’il devrait prendre conscience que, de toute façon, à chaque seconde même où nous vivons, nous sommes en train de mourir puisque nous nous rapprochons de la mort.
Des préoccupations sur la mort, ou même sur l’amitié qui dans ce récit est un des éléments clé qui a permit à Gilgamesh de comprendre certaines choses, où justement il acquiert une nouvelle sagesse et se coule dans une nouvelle peau, car il n’est plus et ne sera plus le même qu’avant.
Et vous, alors, qu’en pensez-vous ? Quelles sont vos avis ?

Illustration de couverture par Yasemin Gumpert
Mise en page par Buse Balçik
Pour aller plus loin :
- Un documentaire d’Arte :
- Le livre audio de l’Epopée de Gilgamesh :
